« L'âme apparaît tel un feu, et, en elle, la raison est comme une lumière ; elle est pénétrée de la lumière de cette raison comme le monde est illuminé par le soleil... »
Le texte ci-dessous est extrait du site : La Croix.
« La flamboyante Hildegarde de Bingen illumina le XIIe siècle, tout comme son contemporain Bernard de Clairvaux, en prêchant le retour à la simplicité et une réforme de la chrétienté. Pierre Dumoulin dévoile le caractère prophétique d’Hildegarde, qui reste, malgré le temps, très actuelle.
Le XIIe est le siècle du monachisme qui connaît une expansion spectaculaire. Hildegarde de Bingen, tout comme saint Bernard, appartiennent aux ordres qui – marqués par un retour à la simplicité – tentent de répondre aux besoins spirituels de leurs contemporains exacerbés par la vision d’une Église toujours plus riche et plus puissante.
À l’aube du siècle de l’art roman et des croisades, en 1098, Hildegarde naît à Bermersheim, à 25 km de Mayence, au cœur du Saint-Empire romain germanique. Dixième enfant d’une famille de petite noblesse, elle est gratifiée de visions dès l’âge de 3 ans. Confiée aux bénédictins du Disibodenberg, vaste monastère du Palatinat muni d’un hospice et d’un jardin de plantes médicinales, elle est éduquée par un groupe de consacrées réuni autour de sainte Jutta de Sponheim. Elle force l’admiration de ses compagnes. Sa formation lui permet de lire, d’écrire et de jouer sur la lyre.
Reçue dans l’ordre vers 14 ans, elle prend l’habit à 16 ans. A 38 ans, elle est élue supérieure. Son rayonnement suscite l’essor de la communauté. En 1147, elle réclame le détachement du couvent mais se heurte au refus des moines et tombe mystérieusement malade. Avec l’appui de l’archevêque de Mayence, elle peut enfin fonder le Rupertsberg (Mont de saint Rupert) en 1150. Quinze ans plus tard, l’expansion du monastère entraîne une autre fondation, à Eibingen, aux bords du Rhin, où le corps de la sainte est conservé.
Ses écrits reçoivent les encouragements de saint Bernard et du pape Eugène III, initiateur de la 2e croisade. C’est l’époque où les cisterciens révolutionnent agriculture et architecture. L'abbé Suger, régent de France, lance la construction des cathédrales gothiques. Les ordres chevaleresques (Templiers) et le compagnonnage sont fondés. Tout comme son contemporain, saint Bernard de Clairvaux, qui prêcha la seconde croisade, Hildegarde veut contribuer à la réforme de la chrétienté tout entière.
L’Abbesse tient une correspondance sans concession avec les papes, les nobles et l’Empereur Frédéric Barberousse, fauteur d’un schisme. A 60 ans, elle entreprend quatre « croisades » de prédication, rassemblant les foules sur le parvis des cathédrales, dénonçant les abus du clergé et annonçant l’hérésie cathare.
Hildegarde de Bingen est aussi le plus grand musicien, pharmacologue et écrivain féminin de son siècle : on lui attribue trois livres de visions : le Scivias (Connais les voies du Seigneur : catéchèse fondamentale), le Livre des mérites de la vie (vices et vertus) et le Livre des œuvres divines (l’homme dans l’univers), 77 œuvres musicales (Symphonie des harmonies des révélations célestes), un drame liturgique (Ordo virtutum), deux œuvres de description des plantes et de soins : Physica et Causes et Remèdes, six livres, 450 lettres et 58 homélies. Elle meurt en 1179.
Quatre tentatives de canonisation n’aboutissent pas, mais le peuple la considère sainte et son nom est inscrit au martyrologe romain au XVIe siècle. En 2012, Benoît XVI étend son culte à l’Église universelle et la proclame Docteur de l’Église. En 2021, le pape François décide de la fêter le 17 septembre. Elle menace le roi, réprimande le pape
L’Église est dans une passe difficile. Le pouvoir temporel tente de s’arroger son gouvernement. L'empereur Frédéric Barberousse qui règne entre 1152 et 1190 prétend nommer le pape et s’oppose au Pontife légitimement élu; le roi d'Angleterre est, lui aussi, en conflit ouvert. Des hérésies fleurissent, dont celle des Cathares. Les couvents sont pris en tenailles entre nobles provinciaux et autorités ecclésiales.
Au cours d’une vision, à l’âge de 42 ans et sept mois (c’est elle qui précise !), Hildegarde reçoit de Dieu l’ordre de rendre ses visions publiques. « Écris ce que tu vois et ce que tu entends! » Hildegarde demande l’aide de Bernard de Clairvaux avec qui elle engage dès 1147, une correspondance. Au synode de Trèves (1148), st Bernard obtient pour elle la reconnaissance du pape Eugène III. L’abbesse jouit dès lors d’une grande autorité pour intervenir dans la vie politique et elle ne s’en prive pas car ses visions la poussent. Sa correspondance conservée compte plus de quatre cents lettres. » À suivre sur le site de La Croix...