Images et Mots
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" American history X ",
               1998, 
 
de : Tony  Kaye, 
 
  avec : Edward Norton, Edward Furlong, Beverly D'Angelo,
Jennifer Lien, Elliott Gould, Fairuza Balk,

 
Musique : Anne Dudley
















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   Derek Vinyard (Edward Norton) est un skinhead virulent et charismatique, au service de Cameron Alexander (Stacy Keach). Son jeune frère, Daniel (Edward Furlong) est en admiration béate devant lui. Une nuit, Derek tue deux noirs qui volaient sa voiture. Il est condamné à trois ans de prison. Lorsqu'il ressort, son ancien ami, Seth Ryan (Ethan Suplee), sa petite amie Stacey (Fairuza Balk), et Daniel s'attendent à ce qu'il reprenne de plus belle sa place de leader. Mais Derek refuse. Bien plus, il entreprend de tirer son frère des griffes de l'odieux Cameron... 
 
   Le moins que l'on puisse dire lorsque l'on sort de cette épreuve, c'est que l'oeuvre, gorgée de débordements verbaux et de violences physiques, ne peut laisser personne indifférent ! Ses images s'incrustent durablement dans la mémoire. Le film pourrait d'ailleurs s'intituler : "Chronique d'une haine extraordinaire". A travers l'évolution temporelle et psychologique du personnage principal au sein d'un groupuscule néo-nazi, on assiste, médusé, à l'instauration, dans une masse d'êtres à l'intelligence non éveillée, de dogmes simplistes et bourrés de haine, qui tiennent lieu de ligne de vie. On perçoit, dans l'horreur, la facilité avec laquelle il est possible d'envoûter l'esprit humain intégré à un troupeau. Deux principes simplissimes : 1/ ce n'est jamais toi le responsable de ce qui fonctionne mal dans ton existence, c'est forcément un autre. Il suffit, dès lors, suivant ses tendances familiales, culturelles, religieuses, d'identifier le coupable. Et le choix est vaste, puisqu'il s'agit de tous ceux qui sont à l'extérieur du noyau parfait : Juifs, Noirs, Jaunes, Homosexuels, Riches, Porto-Ricains, Mexicains, la liste est infinie... 2/ Les réponses arrivent, prédigérées, avant même que les questions aient été posées. C'est le principe de base de fonctionnement des sectes. Donner à celui qui est en perdition un gilet de sauvetage miraculeux et, dans son principe même, parfait. 
 
   Le film entier baigne dans une horreur et une violence quasi permanentes. Lorsque ce ne sont pas des coups de poing ou de révolvers, ce sont des coups de mots, d'insultes, de hurlements, qui ne sont guère moins mortels. Et, cependant, un fin rayon de lumière longe ce drame de bout en bout, comme un fil d'Ariane salvateur. Une possibilité de prise de conscience qui ouvre le mental, jusque là emmuré dans ses certitudes délirantes. Mais, et c'est là une tragique limite de cet éveil, il ne peut être qu'individuel. Ce qui explique, hélas, le temps infini que peut nécessiter la résolution de haines entre nations ou religions. On le voit, depuis plusieurs millénaires, en Palestine ! Derek, sous la pression des souffrances endurées en prison, voit sa conscience se dessiller. Parce qu'il a su écouter la question primordiale que lui pose son professeur d'histoire noir, Bob Sweeney (Avery Brooks) : "est-ce que cette violence déversée a guéri ou amélioré quoi que ce soit ?". Et, surtout, qu'il a eu le courage et la lucidité d'y répondre négativement. Dans cette prise de conscience, que, ce qui est appellé : le "mal", n'est en fait qu'un élément contraire à la progression de la vie, il approche la différence fondamentale entre les deux opposés : l'Amour, dans son sens transcendant, (dont la manifestation terrestre est la Loi de Cohésion) est la composante originelle de la création. Lorsque l'on a pris contact avec sa nature absolue, il s'auto-alimente lui-même, n'a besoin d'aucun combustible externe. La haine, qui est la manifestation de son absence, ne peut survivre et se perpétuer que si lui est fourni en permanence quelque élément à brûler ou à détruire.  
 
   Derek est malheureusement le seul à s'éveiller, même s'il réussit, finalement, à inverser la tendance chez son jeune frère. Pour ce qui est du troupeau monolithique de ses anciens compagnons, aucun espoir ne se dessine, bien au contraire. La scène de retrouvailles avec sa compagne Stacey, est, à ce titre, symptomatique. En une seconde, après avoir appris son désir de quitter le groupe, celle qui l'adorait se métamorphose en une hyène qui ameute les membres pour écharper le lâcheur ! 
 
   Cette oeuvre douloureuse est conduite avec une urgence, une frénésie désespérées. Alternance de couleur dans les scènes actuelles, et de noir et blanc pour la remémoration des événements passés ; d'agitation furieuse et paroxystique avec quelques ralentis judicieux, jamais gratuits, qui ne sont là que pour suspendre le temps dans l'abomination. Mais ce que la mémoire conserve le plus intensément, c'est sans nul doute l'incarnation prodigieuse de Edward Norton, qui confirme après un nombre minime de films, si besoin en était, un charisme et une puissance expressive exceptionnels. Une sorte de Sean Penn à la dimension spirituelle... Son interprétation, constamment inspirée, parfois même hallucinée, est tour à tour glaçante et tragiquement émouvante. 
 
   "American History X" est en quelque sorte l'opposé de "Funny Games". Là où Michael Haneke mettait en place quelques spécimens qui tenaient davantage du robot destructeur au cerveau vide de sentiments et d'émotions, que de l'humain, même primitif, Tony Kaye expose des spécimens bourrés de concepts et de sentiments calibrés par une matrice monolithique. 
 
   Une oeuvre difficile, souvent horrifiante, mais indispensable dans son étude pathologique de l'asservissement mental et du pouvoir destructeur des croyances.

 
  
Bernard Sellier  
 
 
 
  
 


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