Canicule, film de Robert Connolly, site Images et Mots

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Canicule,
      (The dry),        2020, 
 
de : Robert  Connolly, 
 
  avec : Eric Bana, Genevieve O'Reilly, Keir O'Donnell, Julia Blake, John Polson, Bruce Spence, William Zappa,
 
Musique : Peter Raeburn

 
   Une petite bourgade dans la campagne australienne. Aaron Falk (Eric Bana), devenu policier à la ville, y revient pour l'enterrement de son ami d'enfance Luke (Martin Dingle Wall), de son épouse Karen et de leur fils Billy. Luke est supposé avoir tué sa famille avant de se suicider. Mais l'arrivée d'Aaron est fort mal vue par les habitants, car il a toujours été considéré comme le meurtrier de la jeune Ellie Deacon (BeBe Bettencourt), retrouvée jadis noyée dans la rivière.

 
   Les qualificatifs qui semblent les plus adaptés à ce drame intimiste sont : gravité, tenue et sobriété. Certes il y a une enquête menée par le policier local, Greg Raco (Keir O'Donnell), certes Aaron ressent la pulsion d'y participer, mais c'est avant tout la photographie d'une petite ville et de ses habitants qui est mise en avant. Un microcosme où la misère sévit, en grande partie, à cause d'une sécheresse intense et durable. Mais qui dit bourgade de taille restreinte dit rivalités internes, suspicions à tous les étages, mensonges érigés en certitudes, avec des rumeurs qui se répandent plus vite que l'éclair. Les deux enquêtes vont bien sûr s'interpénétrer en permanence, grâce à de multiples flashbacks très bien intégrés au récit. Eric Bana traverse ce drame avec une autorité discrète et détachée, son rôle étant davantage celui d'un observateur impliqué que celui d'un véritable enquêteur. La construction de son personnage rend de manière brute et dépouillée les ambiguïtés qui sous-tendent la position difficile qui est la sienne dans un milieu hostile. Sa solitude intérieure est en correspondance avec le décor impressionnant de ces étendues gigantesques dans lesquelles l'homme n'est qu'une minuscule chiure de mouche. Les scénaristes ont fait le choix de privilégier la distanciation et la suggestion, ce qui est une qualité rare dans le cinéma contemporain prompt à rendre ses créations vivantes par l'énergie physique qui y est dépensée. Mais c'est aussi une limite, car l'empathie ressentie pour ce personnage de justicier à l'insu de son plein gré, demande un effort non négligeable. Sans doute manque-t-il un soupçon de chair pour que l'œuvre parvienne à saisir le spectateur et à l'impliquer viscéralement dans la quête de vérité menée par Aaron.

   
Bernard Sellier