Barcelone. L'un des plus gros constructeurs de la région est retrouvé en flammes et pendu au balcon de l'une des constructions emblématiques d'Antoni Gaudi. La juge Susana Cabrera (Ana Wagener) ordonne au chef de la police, le commandant Bastos (David Bagés) de réintégrer l'un de ses meilleurs éléments, Milo Malart (Isak Férriz), récemment mis à pied. Milo se voit placé en binôme avec une enquêtrice, Rebeca Garrido (Verónica Echegui), ce qui n'est pas de son goût. Peu après, une seconde figure de Barcelone, le président de la fondation Torrens (Jordi Bosch) est retrouvé mort dans une autre construction du célèbre architecte...
Voilà une série qui joue à armes égales sur trois tableaux. D'abord, une trame policière classique, avec des exécutions macabres (il y a d'ailleurs une certaine complaisance à montrer périodiquement les corps en flammes), un tueur mystérieux et des mobiles qui ne s'éclaircissent que très progressivement. Ensuite, une visite quasi documentaire des réalisations architecturales du controversé Gaudi. Ce qui est un régal quand on apprécie son originalité foncière et radicale. Enfin, un constat sans appel des inhumaines expulsions qui ont été réalisées pour la métamorphose de la ville lors des Jeux Olympiques de 1992, et ont traumatisé un grand nombre d'habitants (un certain nombre de films d'époque ponctuent le récit). Les six épisodes sont donc copieusement chargés par ces trois domaines, qui, reconnaissons-le, sont équilibrés avec talent. La traque du criminel s'intègre sans peine dans la composante touristique sans que cette fusion apparaisse trop artificielle. De même, les motivations du tueur s'insèrent dans l'aspect social avec une logique sans faille. C'est une réussite qu'il convient de saluer. Il s'y ajoute même une dénonciation de la télé poubelle, avec les deux figures du petit écran, Mauricio Navaro (Manolo Solo) et Julia Valle (María Adánez), prêtes à tout pour accroître l'audimat.
Côté personnages, la barque est là aussi très (un peu trop ?) chargée, surtout en ce qui concerne Milo, solidement incarné par Isak Férriz. Son fardeau : en pleine déprime à la suite du suicide de son neveu Marc (Aitor Valadés) ; traumatisme dû à un père schizophrène violent, mort à l'asile ; en charge d'un frère, Hugo (Jordi Rico), atteint de la même pathologie et alcoolique ; mis à pied suite à l'agression de son collègue policier Jordi Singla (Jordi Ballester) ; séparation d'avec sa femme, Irene (Irene Montalà) ; et agressivité envers tous ceux qui l'approchent. Ça fait tout de même beaucoup pour un seul homme, même costaud. Mais cette overdose passe elle aussi assez bien, d'autant plus que la coéquipière de Milo, Rebeca, toute en discrétion, équiligre la balance.
Une série qui n'est pas révolutionnaire, mais qui fait son job de divertissement avec talent. Notons que l'on ressent une émotion certaine en sachant que l'actrice Verónica Echegui est décédée d'un cancer à 42 ans, quelques mois après le tournage.