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Girl,
       2018, 
 
de : Lukas  Dhont, 
 
  avec : Victor Polster, Arieh Worthalter, Olivier Bodart, Katelijne Damen, Magali Elali, Chris Thys,
 
Musique : Valentin Hadjadj

  
   
Lara (Victor Polster), 16 ans, a deux passions dans sa vie. L'une est d'intégrer une école de danse classique très réputée. La seconde est de devenir une femme, car elle est née dans le corps d'un garçon... 
 
   Et, tout naturellement, le film se développe selon deux axes majeurs. Le travail physique acharné pour plier son corps aux diktats torturants de la danse classique, et le 'travail' intérieur acharné pour métamorphoser son corps en celui d'une jeune fille. Dans les deux cas, la souffrance est de mise. Le temps est vu comme un adversaire difficile à surmonter. Les hormones ne produisent pas un effet visible assez rapidement. Les pieds ne se plient pas aussi aisément que Lara le voudrait pour que les tourbillons sur la piste génèrent la grâce attendue. 
 
   Mais le premier miracle de cette oeuvre réside dans l'illumination presque solaire qui baigne ce parcours que l'on aurait pu redouter, sinon misérabiliste, du moins larmoyant ou racoleur. La sensibilité à fleur de peau, la délicatesse, la lucidité aimante, règnent sans partage sur cette quête d'identité à la fois sexuelle et vivantielle. Un modèle d'expressivité intense dans la sobriété. Une modération telle que les sentiments et les émotions semblent parfois écrêtées. 
 
   Les séquences d'apprentissage de la danse, qui participent grandement à l'évolution extérieure et intérieure de Lara, finissent par être un peu répétitives voire longuettes, surtout pour qui n'est pas passionné par cet art superbe mais tellement codifié qu'il en devient d'une rigidité parfois rebutante. 
 
   Le second miracle tient évidemment à l'incarnation que donne le jeune Victor Polster de cette jeune fille à la fois fragile et déterminée, souffrante et lumineuse. Une de ces personnifications magiques que la mémoire conserve précieusement. 
 
   Le seul regret que l'on puisse exprimer, mais ce n'était manifestement pas le propos du scénariste-réalisateur, c'est le fait que l'oeuvre se concentre uniquement sur l'observation d'un vécu tourmenté. Jamis le spectateur n'aura le moindre élément sur le pourquoi de cette quête. Quel est cet élément de l'être intérieur qui est intégralement convaincu que la nature a commis une erreur ? Surtout si l'on partage la théorie que, bien avant la naissance, l'âme du futur nouveau né est en communion intime avec le foetus.
   
Bernard Sellier