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Hurricane Carter,
       (The Hurricane),    1999,  
 
de : Norman  Jewison, 
 
  avec : Denzel Washington, Deborah Kara Unger, Liev Schreiber, Harris Yulin, John Hannah, Dan Hedaya, Clancy Brown, Vicellous Reon Shannon,
 
Musique : Christopher Young


   
L'injustice des hommes frappe très tôt la vie de Rubin 'Hurricane' Carter (Denzel Washington). Dès l'âge de 10 ans, il est envoyé dans un centre de redressement pour avoir donné des coups de couteau à un notable de la ville, en réalité pédophile. L'inspecteur Della Pesca (Dan Hedaya) est particulièrement acharné à son encontre. Ayant réussi, 8 ans plus tard, à s'évader du centre, il s'engage dans l'armée, devient un boxeur prometteur. Mais, de retour dans sa ville antale, Paterson, il croise à nouveau sur sa route le flic vindicatif. Pourtant, la chance semble lui sourire dans le sport. Jusqu'à ce jour de 1966, où il se trouve, par hasard, au mauvais endroit au mauvais moment. Accusé d'un triple meurtre, il est condamné à perpétuité... 
 
   La mise en images de la vie de Rubin Carter tire sa puissance émotionnelle du sujet en lui-même. C'est évident. Le genre même d'existence dont on ne voudrait pour rien au monde. Si la réincarnation existe, et que, comme l'affirment de nombreux "Sages" ou "Initiés", l'âme a connaissance de ce qu'elle va vivre dans l'incarnation future, il est légitime de se demander comment elle peut accepter semblable destin. Mais, et c'est là une des multiples richesses de cette oeuvre, celle-ci, contre toute attente, apporte la réponse. Une réponse. Car, dans sa construction intelligente, foisonnante, complexe, qui ne sombre jamais dans le misérabilisme unilatéral, l'histoire visite tour à tour les abîmes dans lesquels sombre Carter, mais aussi les cimes qu'il gravit, et qui se seraient révélées inaccessibles, si son existence n'avait pas subi autant de drames.  
 
   Lorsqu'on ressort de cette vision, sonné moralement, et le coeur au bord du précipice, il devient évident que l'ensemble est beaucoup plus riche que la somme de ses composantes ne le laissait augurer. Ne tombant dans aucun des écueils qui guettent le genre (apitoiement facile, manichéisme, effets de manche dans les (courtes) scènes de procès...), le réalisateur permet à chacune des facettes présentées de se mettre en valeur tout en favorisant l'épanouissement des autres. Rubin Carter subit une abominable injustice. Cela dit, il n'est pas un ange. Elevé dans la misère, s'engouffrant dans la haine et la violence comme dans un tunnel libérateur, il prend conscience, malheureusement dans des circonstances épouvantables, que la véritable liberté n'est pas là où il croyait. Sans en avoir vraiment conscience, sans doute, il intègre au plus profond de lui-même une vérité bouddhique, qui se situe à l'exact opposé de ce que la vie moderne nous offre comme croyance : la libération de l'être apparaît lorsque celui-ci n'éprouve plus aucun désir, lorsqu'aucune envie ne se fait sentir. Ce qui ne signifie nullement, comme on pourrait le croire, une absence de vie, mais bien au contraire une globalité de vie. C'est là une évidence que nombre de personnes, soi-disant religieuses, feraient bien de méditer, lorsqu'elles affirment que Dieu "veut" ceci ou cela. Comment une entité qui est le "Tout" pourrait-elle "vouloir" quelque chose ? Cela signifierait évidemment qu'il est un objet, une pensée, qui leur échappent... Aberrant ! 
 
   Si la colère, la rancoeur, la haine, occupent une large part dans la vie de Carter, l'amour y creuse aussi, lentement, inexorablement, son sillon salvateur. Mais jamais l'émotion, constante, poignante, viscérale, ne s'exhale grâce à des artifices. Elle jaillit toujours naturellement, spontanément, d'une exposition brute, sans concession ni embellissage, des faits. Est-il bien nécessaire, également, de souligner une évidence : Denzel Washington, sobre, tendu à l'extrême, boule de furie toujours sur le point d'exploser, ou enfant fragile sur le bord du gouffre, est inoubliable. Une réussite exceptionnelle.
   
Bernard Sellier