Images et Mots
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" Jugement à Nüremberg ",
  
( Judgment at Nüremberg ),        1961, 
 
de : Stanley  Kramer, 
 
  avec : Montgomery Clift, Spencer Tracy, Richard Widmark, Burt Lancaster,
Marlène Dietrich, Judy Garland, Maximilian Schell, William Shatner, Ed Binns,
 
 
Musique : Ernest Gold
















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   1948. Le Juge américain Dan Haywood (Spencer Tracy) arrive à Nüremberg où doivent être jugés quatre criminels nazis. Il s'agit de juristes plus ou moins éminents : Emil Hahn (Werner Klemperer), Friedrich Hofstetter (Martin Brandt), Werner Lampe (Torben Meyer), et surtout Ernst Janning (Burt Lancaster), auteur ne nombreux traités de droit faisant autorité. Le colonel Tad Lawson (Richard Widmark) donne lecture de l'acte d'accusation. Hans Rolfe (Maximilian Schell) assure la défense des accusés. Dès le commencement du procès, et le témoignage d'un homme stérilisé par le régime nazi, Rudolph Petersen (Montgomery Clift), il apparaît que la défense n'a aucunement l'intention de baisser les bras... 
 
   Le déroulement cinématographique d'un procès est souvent générateur de tensions passionnelles, de retournements spectaculaires, de suspense haletant. Dans le cas présent, il ne s'agit pas du véritable "Procès de Nüremberg", qui se déroula entre le 18 octobre 1945 et le 1er octobre 1946, et concerna les figures de premier plan du régime nazi, telles Hermann Göring, Rudolf Hess, Joachim von Ribbentrop, Wilhelm Keitel, Martin Bormann, Ernst Kaltenbrunner... Il est possible, pour les passionnés d'histoire, de trouver sur cette page, fort documentée, le sort de 1060 criminels nazis ! Alors que le choix de ce mini procès, plus tardif, presque secondaire, pourrait paraître dénué d'intérêt majeur ou de tension, c'est au contraire à un débat idéologique de première grandeur qu'il nous convie. Pour plusieurs raisons.  
 
   D'abord, les accusés sont des Juges. En particulier, Ernst Janning, auquel Burt Lancaster prête une densité et une stature magistrales. Son personnage, d'une redoutable et captivante complexité, contrairement à ses trois compagnons, symbolise parfaitement la dérive incompréhensible d'individus hautement évolués, dotés d'une intelligence hors pair, qui, dans un état d'inconscience hypnotique, ont descendu sans broncher la pente vers une programmation de la barbarie absolue. Ce statut de représentants de la "Justice" donne l'opportunité de réfléchir sur une question fondamentale : ceux qui appliquent le droit doivent-ils être aveugles, doivent-ils piétiner leur conscience ? Autrement dit, la loi nationale prime-t-elle la loi spirituelle ? Celui qui refuse d'appliquer les décisions gouvernementales, devient-il un traître ? C'est un des enjeux de ce procès, et ce n'est pas l'un des moins passionnants. 
 
   Second intérêt : nous sommes en 1948. La guerre est finie depuis trois ans et de graves tensions internationales se font jour. La guerre froide menace. La Russie, qui a grandement contribué à la défaite nazie, devient une pieuvre menaçante. Dès lors, l'Allemagne représente une barrière indispensable qu'il convient de ménager et de réhabiliter. Une question majeure se pose alors : condamner les accusés, c'est-à-dire stigmatiser à nouveau la nation qui a mené Hitler au pouvoir, n'est-ce pas favoriser l'avancée du communisme ? Au cours de son discours final, le Juge Haywood (Spencer Tracy remarquable de sobriété et de profondeur), analyse avec fièvre ce dilemme : jusqu'où une nation peut-elle oublier, voire bafouer, les valeurs spirituelles les plus élevées, lorsque sa survie est menacée ? 
 
   Malgré sa longueur (presque trois heures), l'oeuvre est captivante de bout en bout. Elle laisse peu de place aux témoins (exception faite de trois ou quatre personnalités, dont Montgomery Clift, poignant dans son déchirement intérieur, et Judy Garland), privilégiant les affrontements idéologiques aux récits anecdotiques. Ceux-ci, loin d'être théoriques ou ennuyeux, se montrent aussi envoûtants qu'incandescents, grâce aux deux exceptionnels duellistes que sont Tad Lawson, pour l'accusation, et, surtout Hans Rolfe, pour la défense. Maximilian Schell, quasiment illuminé, compose une figure flamboyante inoubliable. Plus globalement, l'évolution des débats permet de prendre conscience des multiples écueils, aussi bien d'ordre social, que politique, ou financier, qui, de manière souterraine, influent sur la prétendue "indépendance" de la Justice. Ainsi, d'ailleurs, que de la complicité orale, plus ou moins consciente, de différents dirigeants gouvernementaux, dans l'accession d'Hitler au pouvoir absolu. 
 
   Une mine de réflexion indispensable et, en même temps, une narration fascinante.  
 
  
Bernard Sellier  
 
 
 

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