Losing Alice, Série, série de Sigal Avin, commentaire

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Losing Alice,
       Série,       2020 
 
de : Sigal  Avin, 
 
avec : Ayelet Zurer, Lihi Kornowski, Gal Toren, Yossi Marshek, Shai Avivi, Chelli Goldenberg,
 
Musique : Tom Armony, Assa Raviv, Vincenzo Bellini

   
   
Ne pas lire avant d'avoir vu la série

 
Alice (Ayelet Zurer), réalisatrice et scénariste, rencontre lors d'un voyage en train une jeune femme mystérieuse, Sophie (Lihi Kornowski), qui lui dit avoir envoyé à son mari, acteur renommé, David (Gal Toren), un scénario. Celui-ci confirme le fait à son épouse. Il s'agit d'une histoire assez perverse et intrigante. Alice souhaite réaliser elle-même le film, ce qui n'est pas du goût de son mari...
 
 Étrange histoire, étranges personnages, étrange traitement cinématographique. Cette série israélienne pourrait tout aussi bien s'appeler '50 nuances de Sophie', mais également '50 nuances d'Alice' ou encore '50 nuances de David', tant la création du film dans le film génère chez chaque membre de ce trio perturbé une suite de variations psychologiques complexes et subtiles. La subtilité et l'intelligence sont d'ailleurs les reines de ce drame intimiste. Lorsque l'histoire commence, le spectateur se voit aiguillé vers une direction franche : Sophie est une manipulatrice envoûtante. Un mélange de féminité extrême et de machiavélisme pervers. Mais tout n'est pas aussi simple, et l'on prend vite conscience que les orientations prises par le scénario seront aussi évanescentes que le sont les certitudes des protagonistes.

 À travers les relations sibyllines qui vont se tisser entre le couple et la jeune actrice-scénariste, le récit visite avec une suprême finesse les pulsions, les rancœurs, les aspirations, les doutes, les angoisses, les frustrations, les jalousies qui sont progressivement révélées, exacerbées, par l'incursion de Sophie dans la vie intime d'Alice, mais aussi par son immersion dans une création artistique au climat plus qu'ambigu. L'histoire se montre elle aussi retorse, tortueuse, prenant un plaisir presque pervers à laisser un doute raisonnable s'installer et se conforter au fil des épisodes. Mais que ce soit dans cet aspect alambiqué, artificieux, ou dans les méandres des psychismes perturbés, la maîtrise de l'écriture est toujours absolue. Nulle facilité, nulle dérive complaisante, ne viennent entacher cette peinture pénétrante et rigoureuse d'un microcosme artistique dont les membres jouent avec les feux de l'amour, de l'ambition, de l'inspiration, sans avoir conscience que le précipice les guette à chaque pas.

 Étrange traitement cinématographique également. Alors que l'immense majorité des séries formate la durée de chaque scène avec une régularité presque métronomique, celle-ci se permet des libertés en permanence. Certaines séquences affichent une durée surprenante, comme si celle-ci se devait de suivre jusqu'à l'extrême un état psychique engourdi ou une intention précise à l'accouchement difficile. C'est le cas, par exemple, de la première visite d'Alice chez Sophie ou de la séance de danse soufi. Dans nombre de scènes, les silences se montrent particulièrement importants, arborant une valeur presque aussi grande que celle des paroles. Et l'on ne peut que saluer la qualité exceptionnelle de l'incarnation, toute en finesse, que donne Ayelet Zurer de son personnage aussi fluctuant que tourmenté.  

 Une série impressionnante de maîtrise et de raffinement psychologique, mais qui nécessite chez le spectateur un investissement total pour être appréciée à sa juste valeur.   

   
Bernard Sellier