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Lost girls,
        2020, 
 
de : Liz  Garbus, 
 
  avec : Amy Ryan, Thomasin McKenzie, Lola Kirke, Gabriel Byrne, Oona Laurence, Dean Winters,
 
Musique : Anne Nikitin

 
   
Mai 2010. Ellenville. La jeune escort Shannan Gilbert disparaît alors qu'elle avait rejoint un client à Long Island. Sa mère, Mari (Amy Ryan) tente de faire réagir la police, mais celle-ci n'est guère coopérative. C'est alors qu'un policier découvre par hasard quatre cadavres de jeunes filles enterrés dans les dunes toutes proches d'Oak beach...
  
    Le film commence comme tous ses prédécesseurs par une disparition inexpliquée. A partir de ce matériau hélas banal, deux approches peuvent se développer. Soit une vision artistique, scénaristiquement élaborée, parfois enluminée par une mise en scène inspirée si le réalisateur a du génie. Soit une relation brute, sans fioritures, sans recherche plastique particulière, sans pathos, de faits hélas réels. C'est la voie choisie ici par Liz Garbus. Durant une année le récit suit le combat acharné de Mari, qui, avec une obstination née de la culpabilisation de n'avoir pas été capable de conserver Shannan auprès d'elle, va tout tenter pour que sa fille ne soit pas oubliée comme l'ont été celles qui ont été assassinées auparavant.

    Le film est aussi la photographie d'un microcosme fermé, où tout les habitants se connaissent, et où les secrets et les jalousies cohabitent avec plus ou moins d'harmonie. Le "maître" de ce cercle privé, l'ambigu docteur Peter Hackett (Reed Birney) est le symbole de ces bourgeois misanthropes : méprisant, arrogant, voire cynique. Le constat est amer. Toutes les victimes faisaient partie de familles éclatées ou tout au moins s'étaient mises à l'écart de leurs proches, circonstance favorisante pour que la police ne se mette au travail qu'avec une mollesse coupable. L'inspecteur Richard Dormer (Gabriel Byrne) est à l'image de ces enquêteurs : un homme près de la retraite, pas forcément médiocre, mais pas non plus un foudre de guerre. Un tiède conducteur de traîne-savates.

    Nous ne sommes pas dans une fiction où le cruel meurtrier est menotté et condamné à cent vingt ans de prison. Nous sommes dans une réalité d'autant plus terrible que le coupable n'a jamais été identifié. Mais ce qui est tout aussi terrible, c'est le fait que Mari Gilbert a été tuée le 23 juillet 2016 par l'une de ses filles, Sarra, qui souffrait de schizophrénie. L'extrait de son interview télévisée juste avant le générique final n'en est que plus poignant.

    Une oeuvre qui n'affiche aucune prétention artistique. Elle se contente d'exposer les faits, de dessiner des personnalités fortes et/ou touchantes, et elle fait cela de manière juste et pudique.

    Dans un registre plus léger, on peut remarquer la charmante Thomasin McKenzie, l'actrice qui interprète le rôle de Sherre, seconde fille de Mari, et qui ressemble étonnemment à Jodie Foster jeune.

   
Bernard Sellier