Images et Mots
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" Masques ",
             1987, 
 
de : Claude  Chabrol, 
 
  avec : Philippe Noiret, Robin Renucci, Bernadette Lafont,
Anne Brochet, Monique Chaumette, Roger Dumas,

 
Musique : Matthieu Chabrol
















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    Christian Legagneur (Philippe Noiret) présente une émission de télévision à succès : de vieux couples viennent pousser la chansonnette et le gagnant se voit offrir un voyage au bout du monde. Roland Wolf (Robin Renucci), jeune auteur de romans policiers, a décidé d'écrire une biographie de ce saint homme. Legagneur lui propose de l'accompagner dans sa propriété et de profiter d'une semaine sans émission pour travailler à l'ouvrage. Roland y fait la connaissance de la filleule de Christian, Catherine Lecoeur (Anne Brochet), orpheline et, qui plus est, apparemment gravement malade. Mais Roland semble s'intéresser particulièrement à Madeleine Chevalier, une jeune fille disparue mystérieusement après avoir passé quelques mois dans la propriété... 
 
   Claude Chabrol me fait quelquefois penser à Hitchcock. Dans cet art de peindre un milieu restreint avec une certaine minutie, tout en contrebalançant ce réalisme par une distanciation manifeste, une roublardise non feinte. Dans la musique également, tantôt sentimentale, tantôt dissonante, qui épouse les évolutions psychologiques et les événements scénaristiques. 
 
   Le réalisateur plonge avec une délectation de gourmet dans ce microcosme bourgeois parvenu, lisse, dégoulinant de gentillesse affectée, dont il s'amuse à faire craquer le vernis rutilant. Les textes, principalement ceux du "charmant" Legagneur, sont mitonnés aux petits oignons et Philippe Noiret, patelin, mielleux à souhait, se délecte visiblement de ces tirades langoureuses et hypocrites qui coulent aussi aisément que les grands crus bordelais qu'il déguste en connaisseur. 
 
   Commencée dans le rose bonbon, l'histoire vire au noir profond. En théorie. Dans la réalité visionnée, la plongée dans le drame n'est jamais absolue. Comme si le metteur en scène, par sa manière de filmer, maintenait en permanence une glace de séparation entre la tragédie et le spectateur témoin. Un besoin de ne jamais quitter la caricature ou la notion de spectacle extérieur. A l'extrême limite, on ne serait guère surpris de voir apparaître une fraction de seconde un Chabrol pince sans rire, en valet de chambre. Je retrouve cette sensation, exacerbée, dans nombre d'oeuvres hitchcockiennes. Le désir de casser la réalité où nous sommes plongés, en rappelant brusquement à notre conscience que tout cela n'est qu'un jeu de l'imagination. 
 
   Dans son ensemble, "Masques" demeure un plat de choix à déguster sans modération...

   
Bernard Sellier
 

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