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Pola X,
      1999, 
 
de : Leos  Carax, 
 
  avec : Catherine Deneuve, Guillaume Depardieu, Laurent Lucas, Patachou, Yekaterina Golubeva, Petruta Catana, Delphine Chuillot,
 
Musique : Marcelo Zarvos

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Pierre (Guillaume Depardieu), qui a publié sous le psudonyme de "Aladdin" un roman à succès, doit prochainement épouser Lucie (Delphine Chuillot). Mais, depuis quelques semaines, la vision d'une jeune femme aux cheveux noirs le hante. Un jour, il la rencontre. Elle s'appelle Isabelle (Yekaterina Golubeva), et prétend être sa demi-soeur. Le père de Pierre, célèbre diplomate décédé, a semble-t-il vécu pas mal de drames dans les postes qu'il a occupés... 
 
   Les mots les plus importants dans le résumé qui précède sont : "semble-t-il". Car dire que l'histoire qui nous est offerte ici est une soupe aussi indigeste que nébuleuse est un doux euphémisme. Le commencement se montre pourtant des plus classiques. Un joli château, une jolie chatelaine, Marie (Catherine Deneuve), un joli prince charmant qui caracole sur sa moto entre sa soeur et sa fiancée. Nous sommes dans le conte rose bonbon, ou plus exactement vert tendre, car il y a de magnifiques surfaces pelousées. Mais tout se déglingue très rapidement. Aussi bien dans le domaine de la narration que dans celui de la psychologie des personnages. L'intérêt réside dans le fait que la prévisibilité ne fait pas partie du programme de Leos Carax. On ne peut jamais prédire quel genre de pétage de plomb va nous être asséné la minute suivante. Les inconvénients, eux, (indispensable d'utiliser le pluriel, car ils sont légion !), s'accumulent au fur et à mesure que la trame déroule ses incongruités. Les moments de réalisme quotidien banal se raréfient de plus en plus (ce qui, en soi, n'est pas regrettable), tandis que les séquences où l'excès et le non-sens prennent le pouvoir, occupent une place toujours plus prépondérante (ce qui, en soi, se révèle nettement plus problématique). Les personnages centraux entrent progressivement dans un univers autarcique, développant des réactions extrêmes, des angoisses inexpliquées, sans que les motivations soient seulement effleurées. Des individus improbables exposent soudain leurs délires sans que l'on sache bien ce qu'ils viennent faire dans l'histoire (la cacophonie concertante qui emplit l'espace des entrepôts !), et le peu de communication qui s'était établie dans le premier quart d'heure se dissout inexorablement au fil des séquences. Pour couronner l'ensemble, le réalisateur nous condamne à dix minutes de noir intégral (merci !), assaisonnées (si l'on peut dire) d'un récit d'Isabelle en français petit nègre ! Sans doute une épreuve initiatique à franchir. Celui qui supporte le pensum est un artiste dans l'âme... Dans de semblables conditions, ressentir une quelconque attirance pour les zombies qui évoluent sur l'écran, relève d'un exploit que peu de spectateurs seront capables d'accomplir. Les esprits hautement intellectuels, qui ont su opérer une savante osmose entre imagination, perception sensorielle, intégration mentale de données occultes, et symbolisme, se délecteront sans doute, à l'image de Jacques Rivette ("La Religieuse", "La belle Noiseuse"), qui voit en cette réalisation : "le plus beau film français des dix dernières années".  
 
   Un certain nombre de créateurs (voir Philippe Gandrieux et sa "Vie nouvelle"), se démarquent radicalement de la masse informe des réalisations conventionnelles qui envahissent les écrans. C'est une intention louable. Encore faudrait-il qu'un début de commencement de communication soit établi entre le narrateur et le spectateur. Que celui-ci ne soit pas réduit à l'état de réceptacle passif est une intention plus qu'estimable. Mais lorsque la démesure se malaxe avec la non-information et l'hermétisme, le jet d'éponge menace ! Surtout au bout de 130 minutes ! Il serait tout à fait intéressant de lire l'ouvrage de Herman Melville (inoubliable auteur de "Moby Dick"), "Pierre ou les ambiguités", dont est tirée cette oeuvre. Telle qu'elle nous est présentée, sa forme aussi bien que son contenu génèrent malheureusement détachement, agacement, ennui, et, même parfois dans certaines frénésies, le rire, ce qui n'entre sûrement pas dans les intentions du créateur...

   
Bernard Sellier