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Possessions,
      Saison 1,        2020,  
 
de : Shahar  Magen..., 
 
  avec : Reda Kateb, Tcheky Karyo, Ariane Ascaride, Dominique Valadié, Noa Koler, Imri Biton, Nadia Tereszkiewicz , Tzahi Grad,
 
Musique : Lionel Flairs, Benoit Rault, Philippe Deshayes


  
   
Ne pas lire avant d'avoir vu la série

   Nous sommes en Israël. Une jeune française, Natalie (Nadia Tereszkiewicz) est sur le point dépouser Eran Smadja (Imri Biton), malgré l'opposition de sa mère Rosa (Dominique Valadié). Juste avant de couper la pièce montée, les lumières s'éteignent et lorsqu'elles se rallument, Eran gît sur le sol, égorgé. Tout accuse Nathalie qui tient le couteau ensanglanté dans sa main...

   Le premier épisode ne manque pas d'interpeller. D'abord parce que le décor, l'atmosphère, le milieu dans lesquels se déroule l'histoire ne nous sont pas très familiers, d'autant plus que la quasi intégralité des dialogues sont en hébreu. Mais surtout parce que les personnages sont pour le moins bizarroïdes. Entre une soeur de Natalie, Jessica (Aloïse Sauvage) qui semble totalement désintéressée par le drame, une mère qui paraît avoir pété les plombs, un père (Tcheky Karyo) zombifié et une jeune mariée apathique au ton et au jeu décalés, le spectateur peut se demander ce qui l'attend : un navet de premier ordre, ce qui serait tout de même étonnant de la part de Canal+, ou bien une fiction insolite à l'intrigue extravagante.

    Et la réponse n'est pas des plus évidentes, car la suite déroule sous nos yeux une kyrielle de scènes qui oscillent en permanence entre mystère angoissant et grotesque involontaire. Il faut attendre le quatrième épisode pour qu'un début de commencement de lumière vienne éclairer les séquences improbables qui ont fleuri précédemment. Le récit est en permance en équilibre instable sur le fil d'un rasoir qui menace, à tout instant, de trancher net le peu de crédibilité de l'ensemble. Lorsqu'on regarde Rosa confite dans ses superstitions (et encore ce n'est pas la plus atteinte !), Natalie qui paraît perdue au milieu de toute cette histoire abracabrantesque, et Tcheky Karyo, hagard, qui semble se demander ce qu'il est venu faire dans cette galère, on ne peut qu'hésiter entre le rire et l'envie de connaître tout de même le fin mot de cette histoire de fou. Il n'y a guère que l'attaché consulaire (Reda Kateb) et l'enquêtrice Esti Lasri (Noa Koler) dont les personnages et les incarnations tiennent la route. Et le plus incroyable, c'est que le pire, que l'on comprend dès le quatrième épisode, reste à venir, avec un dénouement que l'on n'ose qualifier de logique.

    Alors, certes, le thème fondamental de cette tragédie, à savoir l'asservissement de la femme sous toutes ses formes, est émouvant, mais, même si l'on croit à la puissance de l'invisible, il faut une sacrée dose de bonne volonté pour avaler cette histoire aussi improbable que parfois grotesque. Un petit 4 étoiles pour le sujet, le dépaysement et l'implication de certains acteurs. 

    Enfin, sur un plan purement technique, dans quelques champs contre-champs, la caméra semble avoir franchi la ligne médiane, ce qui donne une sensation visuelle désagréable.

   
Bernard Sellier