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Il processo,
     Saison 1,     2019,  
 
de : Alessandro  Fabbri..., 
 
  avec : Vittoria Puccini, Francesco Scianna, Camilla Filippi, Simone Colombari, Alessandro Averone, Maurizio Lastrico,
 
Musique : Giorgio Giampà


   
Ne pas lire avant d'avoir vu la série

   Mantoue. 
Une jeune fille, Angelica Petroni (Margherita Caviezel) est retrouvée assassinée. La substitut du Procureur, Elena Guerra (Vittoria Puccini), est sur le point de demander à être déchargée du dossier afin de partir aux États-Unis avec Giovanni Andreoli (Simone Colombari), lorsqu'elle se rend compte que la victime n'est autre que la fille qu'elle a eue avec Stefano Lanzoni (Alessandro Averone), et qu'ils avaient confiée à un couvent pour la faire adopter. Le principal suspect, Claudio Cavalleri (Michele Morrone) est retrouvé mort par suicide. Sa femme, Linda Monaco (Camilla Filippi), fille d'une puissante famille, était au courant de la liaison de son mari avec la victime... 
 
   Tout cela dans le premier épisode qui, on le constate, ne manque déjà pas de rebondissements. Ceux-ci ne cesseront d'ailleurs pas de s'inviter au fur et à mesure que les audiences se succèderont. Le première interrogation qui effleure l'esprit du spectateur est celle-ci : pour quelle raison le scénario expose-t-il dès le premier épisode qu'Elena est la mère de la victime ? Ce fait crucial aurait constitué un coup de tonnerre majuscule s'il n'était apparu qu'aux deux tiers du récit, au moment où l'avocat Ruggero Barone (Francesco Scianna) annonce au tribunal la découverte qu'il vient de faire, révélation qui, d'un coup, remet en cause toute la légitimité de l'accusation. Cette dissimulation aurait effectivement été logique et aurait grandement participé à l'instauration d'un climat permanent de mystère fondé sur les causes qui, en l'occurrence, auraient été inconnues, pour lesquelles la procureure adjointe était à ce point impliquée dans la recherche de la coupable.

    En fait, cette mise au jour presque immédiate de la vérité fondamentale est non seulement osée, mais surtout intelligente et riche de conséquences positives. Dans ce choix, presque digne de la tactique d'un joueur d'échecs, la narration sacrifie un rebondissement explosif, mais gagne en revanche sur plusieurs points. En particulier elle développe ainsi toute une palette de sentiments contradictoires chez Elena, ce qui enrichit considérablement l'analyse de sa personnalité. La profondeur avec laquelle les personnages principaux sont étudiés constitue d'ailleurs une autre qualité majeure de cette série. C'est particulièrement flagrant pour la très ambiguë Linda, tour à tour fragile, émouvante, glaçante, inquiétante, qui n'est jamais enfermée dans une quelconque caractérisation artificielle. Elle se bat, se dérobe, se désespère, manipule aussi, mais avec une telle subtilité que le spectateur est bien en peine de déterminer où se situe la ligne de séparation entre la vérité et l'affabulation. Il en est de même pour l'avocat Ruggero, qui oscille en permanence entre calculs tactiques, recours à des manipulations plus ou moins légales, ambition avérée, passion larvée, et aspiration latente à la droiture. Il paraît évident, à la fin de cette (première ?) saison, que les nombreux rebondissements, savamment calculés et générateurs d'un intérêt constant, n'altèrent jamais la qualité psychologique des personnalités, dont l'intimité et les relations constituent l'intérêt majeur de ce drame construit de manière magistrale. Le dernier plan laisse entrevoir la possibilité d'une suite, mais il peut tout aussi bien clore de manière définitive l'histoire, en laissant au spectateur le soin d'imaginer une suite qui semble, cette fois-ci, déjà écrite. Dans ce dénouement en forme de points de suspension, le scénario imprime une dernière marque de subtilité...  

   
Bernard Sellier