Bienvenue sur le site d'un manipulateur de mots, passionné d'écriture, de cinéma, de musique, d'ésotérisme...     

Snowpiercer, le transperceneige,
     2013, 
 
de : Joon-ho  Bong, 
 
  avec : Ed Harris, Tilda Swinton, Chris Evans, Jamie Bell, John Hurt, Alison Pill, Octavia Spencer,
 
Musique : Marco Beltrami


   
En juillet 2014, un produit prétendu miracle est répandu dans l'atmosphère afin d'inverser le réchauffement climatique. Malheureusement, loin d'atteindre ce résultat, c'est une nouvelle ère glaciaire qui est provoquée, annihilant presque totalement toute vie sur terre. Un petit groupe survit, mais condamné à vivre enfermé dans un train qui effectue sans relâche le tour de la terre... 

   L'idée, issue d'une bande dessinée, ne manque pas d'originalité et d'audace. Car si l'unité d'action et de temps ne présentent guère d'écueil, il n'en est pas de même pour celle de lieu. Mais la séquestration en vase clos et ses éventuelles limites narratives sont très habilement transcendées par une inventivité visuelle constante. Ce qui frappe au premier abord, c'est l'opposition entre ce décor glauque de fin du monde qui, en plein coeur du vingt et unième siècle semble nous renvoyer aux premiers âges de l'humanité, et les trognes hallucinées des "voyageurs de queue", qui sont un mixage de personnages des "Misérables" avec les créatures improbables d'un Jean-Pierre Jeunet. Mason (Tilda Swinton), porte parole de l'Ordre, vaut son pesant de cacahuètes ! 
 
   Bien évidemment, dans ce cloaque nauséabond, où les survivants sont réduits à l'état d'animaux de zoo auxquels les gardiens fournissent chaque jour une barre protéinée de synthèse, la révolte gronde. Mais, jusqu'alors, les séditions ont échoué lamentablement. Le but est de gagner l'avant de la "machine". Et le parcours sanglant des rebelles, emmenés par Curtis (Chris Evans), va devenir un condensé double : celui de la progression de l'humanité, depuis sa préhistoire jusqu'à son statut actuel de créateur (la machine repose sur un mouvement (presque) perpétuel), mais aussi celui de la lutte des classes, depuis l'état d'esclave jusqu'à celui de potentat. Ce survol sera effectué à travers une sauvagerie brute (qui paraît décidément une propriété indissociable de l'évolution terrestre), un pessimisme quasi absolu, avec des traversées "paisibles" dont les aspects divertissants, ludiques, enjoués , englués dans une superficielle bonhomie manipulatrice et fascisante, glacent le sang. La scène de "l'école" est, à ce titre, emblématique ! 
 
   Esthétiquement fascinante, thématiquement et symboliquement riche, constamment surprenante, cette adaptation de BD (un genre dont nous sommes loin d'être fan !), est une incontestable réussite.
   
Bernard Sellier