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La vérité,
      1960, 
 
de : Henri-Georges  Clouzot, 
 
  avec : Brigitte Bardot, Charles Vanel, Paul Meurisse, Marie-José Nat, Sami Frey, 
 
Musique : --

 
   
Le procès de Dominique Marceau (Brigitte Bardot) commence. Elle est accusée de l'assassinat de son amant Gilbert Tellier (Sami Frey), brillant musicien qui se destinait à la direction d'orchestre. La jeune femme est défendue par maître Guerin (Charles Vanel). Contre eux, se dresse le redoutable avocat des parties civiles, maître Eparvier (Paul Meurisse)... 
 
   À l'occasion du tout récent décès de Brigitte Bardot, Arte a ressorti cette merveille due à Henri-Georges Clouzot, qui met en valeur le jeu de l'icône des années soixante. Cette œuvre, que l'on pourrait estimer, de façon superficielle, comme un écrin destiné à faire briller la star de l'époque, se révèle d'une profondeur et d'une acuité qui dépassent de loin les prestations superficielles exploitées dans Et Dieu créa la femme ou encore Le repos du guerrier. L'actrice se montre ici d'autant plus convaincante qu'elle endosse un rôle qui semble une décalcomanie de sa personnalité extérieurement perçue. Elle incarne une beauté submergée par le rayonnement qui l'entoure, incapable de maîtriser ses pulsions, mais habitée par une soif d'amour vrai qui ne parvient pas à s'installer dans la durée. La grande différence entre cette image qu'offre Dominique Marceau et la vraie Brigitte Bardot (ou tout au moins celle qui émergera une fois la période cinéma terminée), réside dans le fait que l'amante de Gilbert Tellier est d'une instabilité chronique, ne parvenant pas à se fixer une ligne de vie directrice, alors que l'actrice deviendra l'incarnation d'une femme aux convictions fermes et au cheminement intellectuel parfaitement défini. Le scénario équilibre avec une totale maîtrise les scènes de procès, brillamment écrites et servies par deux acteurs de première grandeur (Paul Meurisse est grandiose dans la manipulation vicieuse et le mépris abject), avec le défilé des scènes intimistes qui illustrent de manière vivante le Paris étudiant un peu foldingue d'un Saint Germain des prés quelques années avant mai 68. Mais le plus intéressant demeure l'analyse de cette passion dévorante, et par conséquent toxique, entre deux êtres qui sont ballottés entre leurs pulsions primaires et leurs aspirations profondes, souvent inconscientes. Et quel plaisir de retrouver un jeune Sami Frey, dans le premier des grands films qui ont marqué sa carrière !
Une réussite de premier ordre.    
   
Bernard Sellier