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1BR,  The apartment,
       2019, 
 
de : David  Marmor, 
 
  avec : Nicole Brydon Bloom, Giles Matthey, Alan Blumenfeld, Taylor Nichols, Naomi Grossman, Celeste Sully,
 
Musique : Ronen Landa

   
   Ne pas lire avant d'avoir vu le film...

  
La jeune Sarah (Nicole Brydon Bloom) arrive à Los Angeles et cherche un appartement à louer. Elle trouve un immeuble dans lequel les occupants semblent charmants et accueillants. Elle emménage mais commence vite à déchanter... 
 
   Il y a deux niveaux de lecture de cette histoire horrifique. Le premier est de visionner ce drame intimiste de manière primaire. Le spectateur est alors face à une abominable plongée dans un micro univers sectaire qui capture ses futures victimes par le charme pour mieux les embrigader ensuite grâce à des tortures physiques démoniaques. Autant le dire tout de suite, ce n'est pas dans cette approche sadique et traumatisante que réside l'intérêt principal de l'oeuvre. Les personnages sont taillés à coups de serpe et le récit ignore radicalement l'existence des mots 'suggestion' ou 'subtilité'.

    Le second niveau de lecture se montre beaucoup plus enrichissant, surtout en cette période (octobre2021) où certaines instances gouvernementales mettent toute la puissance médiatique à leur disposition pour formater le comportement de leurs administrés. En l'occurrence, le sinistre Jerry (Taylor Nichols) utilise ses méthodes sadiques pour créer un monde imaginé par son mentor Charles D. Ellerby (Curtis Webster). Les qualités nécessaires pour intégrer ce microcosme imaginaire ? Le dévouement, la transparence, la tolérance. Est-il possible de proposer plus nobles qualités ? C'est justement là que se glisse le paradoxe majeur de programme. Cet état sociétal idyllique ne peut être obtenu que par la force et la violence. Mais, naturellement, celles-ci ne sont opérées que pour le bien final de l'individu. C'est là le principe même des manipulations sectaires qui, pour les dirigeants, n'ont pour but que la sécurité des masses et, comme le dit lui-même Jerry, «la remise dans le droit chemin des mauvais soldats». Le conte macabre qui nous est présenté ici n'est en fait que la traduction visuelle brute et simpliste du système de manipulation des masses que Noam Chomsky a décrit en dix points bien connus. Certes, l'utilisation ici de grossiers sabots pour dénoncer ces abominations ne sert pas vraiment leur condamnation. Mais le film, aussi primaire soit-il, ne manque pas de questionner utilement sur notre capacité d'acceptation et d'obéissance. La célèbre expérience de Milgram, relatée dans le film d'Henri Verneuil «I comme Icare», n'est jamais très loin de nos comportements d'humains moutonnants... 
   
Bernard Sellier