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La chasse,
     (Jagten),      2012,  
 
de : Thomas  Vinterberg, 
 
  avec : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp, Lasse Fogelstrøm, Susse Wold, Anne Louise Hassing,
 
Musique : Nikolaj Egelund

  Ne pas lire avant d'avoir vu le film...
 
 
Lucas (Mads Mikkelsen), traumatisé par un divorce difficile, travaille dans un jardin d'enfants dirigé par Grethe (Susse Wold). Un jour, la petite  Klara (Annika Wedderkopp), contrariée par une de ses remarques, l'accuse d'exhibitionnisme. Grethe prend l'alerte très au sérieux et les parents de la fillette, Theo (Thomas Bo Larsen) et Agnes (Anne Louise Hassing) considèrent leur ancien ami comme un dangereux prédateur...
 
  Avec tous les scandales qui se sont étalés durant la décennie récente (Jeffrey Epstein, Olivier Duhamel...), et des films autobiographiques, tels "Les chatouilles", ou documentaires, "Un sur cinq", le public commence à être enfin sensibilisé à ce problème universel gravissime de la pédocriminalité et de l'inceste. La parole des enfants est de plus en plus écoutée avec empathie et bienveillance. Mais il y a évidemment les situations inverses, parfois elles aussi tragiques (voir par exemple l'histoire de l'ancien maire de Vence, Christian Iacono, innocenté au bout de plusieurs années, son petit-fils ayant avoué avoir menti), et c'est l'une d'entre elles que Thomas Vinterberg aborde ici. Il le fait, dans la première partie, d'une manière analytique, presque détachée, en détaillant le processus vicieux de la rumeur qui, sans que la plupart des personnes en aient conscience, transforme  dans leur esprit une suspicion vague en une certitude absolue. Pire, les parents de la fillette prennent le contrepied de l'attitude qui est hélas souvent de mise dans ce genre de circonstances. Le cas était flagrant dans l'histoire d'Andrea Bescond ("Les chatouilles"), au travers de cette scène terrible où l'on voit la mère, Karin Viard, rejeter les allégations de sa fille en la traitant de tous les noms, ce qui, en soi, constitue une agression morale insurmontable qui s'ajoute à la première déjà subie dans le physique. Ici, nous sommes dans la configuration opposée. Klara avoue à sa mère qu'elle a menti, et pourtant celle-ci persiste dans sa vision déjà établie et inébranlable que Lucas est coupable. Le récit s'enfonce, avec logique, dans l'hystérie de la communauté qui marginalise et agresse physiquement le coupable désigné d'office. Pourtant un choix scénaristique interpelle et déroute : le personnage de Lucas, à l'évidence innocent, se montre étrangement passif. Là où n'importe quel individu dans sa situation crierait son innocence, se battrait bec et ongles, il demeure soumis à la vindicte de ses amis et comme anesthésié. Étant donné la direction vers laquelle semble tendre l'histoire, à savoir un crescendo dramatique, on se demande ce que cherche à démontrer le réalisateur en optant pour cet état de fatalisme hors de propos.

  Puis, plus incompréhensible encore, le récit bascule de manière radicale dans le dernier quart d'heure. Sans que l'on en connaisse les raisons, Lucas se retrouve intégré avec son fils dans sa bande de chasseurs, et se clôt sur une dernière scène incongrue, dont la gratuité vient encore renforcer l'artificialité du rebondissement. Heureusement que l'interprétation toute en finesse de Mads Mikkelsen (récompensée à Cannes), donne à ce drame une dimension humaine incontestable. 
   
Bernard Sellier