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Gourou,
     2021, 
 
de : Yann  Gozlan, 
 
  avec : Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Christophe Montenez, Jonathan Turnbull,  
 
Musique : Chloé Thévenin


 
Ne pas lire avant d'avoir vu le film

 
Mathieu Vasseur (Pierre Niney) est le coach de vie le plus célèbre de France. Ses ateliers sont pleins. Mais lorsqu'une commission sénatoriale dirigée par Karla Demaison (Léonie Simaga) commence à esquisser un projet de régulation de la profession de coach, la mécanique de Mathieu commence à se gripper...
 
 Il est amusant de constater que les deux personnages incarnés par Pierre Niney dans les deux derniers films de Yann Gozlan (Boîte noire et celui-ci), portent le même nom (Mathieu Vasseur). Le charismatique coach qui occupe ici l'intégralité de l'écran durant deux heures semble pourtant assez éloigné de l'enquêteur frustré qui était spécialiste du son dans le film de 2021. Yann Gozlan et ses scénaristes ont disséqué avec un style très contemporain (prises de vue au plus près des personnages, montage souvent vif, shows visuels à l'américaine...) la personnalité complexe de cet individu qui, à l'instar de nombreux influenceurs de la vraie vie, n'ont pour bagage que leur abattage naturel et une capacité de domination évidente. L'évolution de ce pseudo guide des temps modernes est édifiant. La succession des évènements met clairement en lumière les failles d'un enseignant dont la faiblesse première est de ne jamais avoir travaillé sur lui-même, se reposant sur une simple régurgitation de ce qui lui a été transmis par son mentor, le célèbre et inquiétant Peter Conrad (Holt McCallany). La forme est tout, mais le fond montre ses fractures dès que les obstacles s'invitent sur l'autoroute du succès. Les rebondissements, certes parfois un peu limites, illustrent fort bien la facilité avec laquelle une idéologie, bien que fondée sur des principes sains et justes (chaque être humain a le droit au bonheur, à exprimer sa puissance intérieure...), peut se déglinguer rapidement, tout simplement parce qu'il n'y a pas de recette miracle pour passer de la fange intérieure à la lumière, même si des centaines de fans hystériques sont en transe autour de ces blessés de la vie. 
   
  Si l'on est attentif à l'une des premières maximes clamées par le gourou au début du film, on perçoit tout de suite la faille dans les principes sains mentionnés ci-dessus. Mathieu s'exclame (si je me souviens bien des termes exacts) : ce que tu veux, c'est ce que tu es. Cette sentense est aussi erronée que celle, célèbre, de Descartes : Cogito ergo sum (je pense donc je suis). Tous les mystiques savent que, justement, c'est lorsque nous pensons que nous sortons de notre être originel profond, que nous ne sommes pas réellement. Pour vivre cet être à l'origine de notre incarnation, il est justement indispensable que cessent les pensées, qui sont un brouillard masquant notre réalité subtile. Il en est de même pour la phrase scandée par Mathieu. À partir du moment où la volonté intervient, seul l'être physique s'exprime, occultant totalement la réalité de notre essence première. Le récit, grâce à un dénouement qui peut surprendre, voire irriter, permet cependant de mettre en lumière la fracture intime dont est victime Mathieu. Il prône à ses adeptes la liberté d'être ce qu'ils veulent, mais lui-même est prisonnier de ses dérives incontrôlées. Lorsqu'il se retrouve à Las Vegas, il est désormais l'otage de l'image de marque qu'il s'est créée. Il est entré dans une spirale infernale dont il lui est impossible de sortir, puisqu'en dehors de ce masque artificiellement construit, il ne serait que vide. Est-il utile d'ajouter que Pierre Niney incarne à merveille ce fantoche dépassé par ses propres délires de pouvoir ?

  Très intéressant...

Bernard Sellier