The grandmaster, film de Kar Wai Wong, commentaire

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The Grandmaster,
    (Yi dai zong shi),    2013, 
 
de : Kar Wai  Wong, 
 
  avec : Tony Leung Chiu Wai, Qingxiang Wang, Elvis Tsui, Cung Le, Ziyi Zhang, Ting Yip Ng,
 
Musique : Shigeru Umebayashi, Nathaniel Mechaly, Ennio Morricone, Stefano Lentini, 

 
 
1936. Ip Man (Tony Leung Chiu Wai) mène une vie tranquille et aisée dans la ville de Foshan, en compagnie de sa femme et de ses deux filles. Le grand maître des arts martiaux chinois, Gong (Qingxiang Wang) cherche un successeur. Ip Man fait la connaissance de sa fille, Gong-Er (Ziyi Zhang), détentrice du secret dans l'art martial des 64 mains. Mais l'invasion japonaise se produit et provoque nombre de drames dans la famille d'Ip Man...
 
  Il suffit de quelques minutes dans la scène d'ouverture, un combat sous la pluie contre de multiples adversaires, pour comprendre que le grand Kar Wai Wong ne proposera pas au spectateur un énième film d'arts martiaux. Certes, les combats ne manqueront pas, mais ceux-ci seront dépeints comme de véritables danses incluses dans un écrin stylistiquement ouvragé et transcrits au moyen d'une esthétique impériale (l'utilisation des éléments naturels, pluie, neige, est magique). Nombre de scènes deviennent, sous les caméras du réalisateur, de véritables tableaux artistiques, qui, parfois, ne sont pas sans évoquer Stanley Kubrick. Les ralentis, nombreux, ainsi que les gros plans, font partie intégrante de cet univers dans lequel se mêlent agressivité calculée, épure des gestes, sagesse immémoriale, traditions séculaires, devoir de transmission, poésie et passions maîtrisées. La vie du maître Ip Man est devenue, depuis une douzaine d'années, une source intarissable de films, au point d'éclipser son élève le plus célèbre, Bruce Lee. Les quatre excellents opus ("Ip Man 1" et ses suites) dirigés par Wilson Yip, avec en tête d'affiche le très charismatique Donnie Yen, ont donné à ce maître une aura populaire tout à fait méritée. Il faut préciser que, outre ses inégalables talents dans les arts martiaux, sa vie intime a loin d'avoir été un long fleuve tranquille.

 Si l'on quitte l'univers esthétique chatoyant, ciselé, qui est un admirable écrin dans lequel brille ce drame à la fois intimiste et historique, pour se concentrer sur le récit lui-même, la descente est un peu rude. En premier lieu, le suivi des évènements laisse parfois le spectateur dérouté. En second lieu, les personnalités principales, à savoir Ip Man, Gong-Er, maître Gong, et même le sauvage Ma San (Jin Zhang), ressemblent davantage à des portraits archétypaux qu'à des êtres de chair et de sang, ancrés dans le quotidien d'un contexte social et politique. Mais lorsqu'au bout de cent cinq minutes, on entend avec stupéfaction s'élèver la sublime mélodie (thème de Déborah), composée par Ennio Morricone pour son chef-d'œuvre absolu "Il était une fois en Amérique", il est impossible de ne pas comprendre le sens de cette création et fondre devant la mélancolie poignante qui baigne les dix dernières minutes inoubliables du film. Elles nous sont offertes comme une méditation sur la majesté du geste, le code de l'honneur, l'amour du beau et la noblesse du cœur.  
  
  Cette fresque est beaucoup plus qu'un simple film d'arts martiaux. C'est une œuvre d'art à part entière, une méditation en mouvement, et c'est en la regardant sous cet angle que l'on peut apprécier pleinement sa richesse visuelle,  la grandeur de son message, et la finesse de sa réalisation.
   
Bernard Sellier