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A house of dynamite,
       2025,  
 
de : Kathryn  Bigelow, 
 
  avec : Idris Elba, Rebecca Ferguson, Tracy Letts, Jason Clarke, Greta Lee,
 
Musique : Volker Bertelmann

 
 
Un missile d'origine inconnue vient d'être lancé et semble se diriger vers les États-Unis. Tous les commandements sont en alerte. Lorsque les données se précisent, il apparaît que c'est la ville de Chicago qui subira l'impact et que celui-ci aura lieu dans moins de vingt minutes... 
 
 Hormis Blue steel qui ne nous avait guère enthousiasmé, la plupart des œuvres de Kathryn Bigelow se sont révélées captivantes. Dans le cas présent, l'originalité naît du fait que le scénario observe les évènements tragiques qui s'approchent à partir de différents points de vue. Trois grandes parties sont au programme. Dans chacune, que ce soit le bataillon de défense anti-missiles, le commandement indo-pacifique ou encore l'entourage du Président (Idris Elba), le parcours mortifère de ce missile mystérieux est analysé  de façon triple, avec le même décompte glacial, le même dilemme cornélien (riposter ou non), et des échanges qui, forcément, se répètent. Ce choix narratif peut sembler étrange, voire contre-productif, d'autant plus qu'à la fin, le spectateur ignore tout du devenir de l'ogive nucléaire. La répétitivité pourrait être la cause d'une usure de l'intérêt présenté par le drame. Qui plus est, la multitude des personnalités impliquées, leur identification difficile, et l'absence quasi totale d'informations sur leurs parcours ou leurs existences, tranchent radicalement avec les pratiques habituelles qui développent avec plus ou moins de subtilité les profils psychologiques des intervenants. Pourtant cette course contre la montre démultipliée se révèle passionnante et tout à fait stressante. Il s'agit presque d'une exploration documentaire qui a dû nécessiter un sacré travail d'écriture et de montage. Bien sûr, habitués que nous sommes à un parcours balisé classique (danger, contre-mesures, dénouement), ce récit privé de final provoque une certaine frustration. Mais il eût été ridicule de nous asséner un épilogue quel qu'il soit, car son installation n'aurait rien apporté à ce qui précède et aurait même été nuisible par son inutilité. La plus grande réussite, et c'était sans aucun doute le but des créateurs du film, c'est de faire partager aux spectateurs, au plus profond de leurs tripes et de leur cœurs, les angoisses qui étreignent tous ces humains qui ont conscience qu'eux-mêmes ou leurs proches sont sur le point de vivre leurs dernières minutes terrestres.

  Un film atypique, conduit sur un rythme d'enfer, qui démontre avec minutie à quel point l'embrasement de la planète ne tient qu'à l'épaisseur d'un cheveu.

Bernard Sellier