Infiniti, série de Thierry Poiraud, commentaire, site Images et Mots

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Infiniti,
    Série,     2022,  
 
de : Thierry  Poiraud, 
 
  avec : Céline Sallette, Daniar Alshinov, Vlad Ivanov, Laurent Capelluto, Ellora Torchia, Karina Arutyunyan, 
 
Musique :   Frédéric Kooshmanian, Thomas Couzinier


   
Ne pas lire avant d'avoir vu la série

 
La base spatiale de Baïkonour est sur le point d'être démantelée. Elle procède à l'arrimage d'un cargo de ravitaillement sur la station spatiale de l'ISS, à bord de laquelle se trouvent plusieurs cosmonautes, dont l'américain Anthony Kurz (Lex Shrapnel). Mais le cargo se présente mal selon l'appréciation d'Anthony. Celui-ci prend les commandes manuelles mais l'accident ne peut pas être évité. La base n'a plus de contact avec la mission Infiniti. C'est alors que la cosmonaute Anna Zarathi (Céline Sallette), qui n'avait pu partir dans la mission pour cause de dépression, déclare qu'elle veut être envoyée pour secourir les survivants...  

 Sur une base classique (un accident spatial), qui ressemble fort, en beaucoup moins spectaculaire visuellement, à celle qui ouvre «Gravity», se greffe d'emblée un récit radicalement différent, fondé sur une enquête criminelle menée par un jeune policier du Kazakhstan voisin, Isaak Turgun (Daniar Alshinov), qui découvre dans les étendues désertiques de la contrée des cadavres sans tête, enrobés de cire, portant un médaillon de Zarathoustra et une minuscule puce sous la peau. Assurément une association de thèmes pour le moins hétérogènes. Si l'on ajoute à cela une cosmonaute qui entend des voix, il y a dans le premier tiers de cette courte série de quoi appâter sans peine le spectateur. Et nous n'avons là qu'un début d'imbroglio qui se complexifie de manière graduelle au fur et à mesure que les informations nous sont données. Il ne fait aucun doute que l'ambition narrative est grande et que la clé du mystère ne manque pas d'un certain génie. L'intervention des multivers est à la fois intelligente et génératrice d'un abîme de réflexions sur la possibilité de clones parfaits existant simultanément dans des replis vibratoires censés ne jamais entrer en contact. Le scénario parvient à insuffler à ce drame à la fois technique et sentimental une intensité dramatique et émotionnelle tout à fait poignants.

 Mais il y a cependant un problème. Est-ce un déficit d'attention ou de capacités mentales, toujours est-il qu'un certain nombre de motivations, en particulier celles qui habitent Emil Durkhov (Vlad Ivanov), nous ont échappé. La quête de vérité d'Isaak est elle aussi assez opaque. Lorsque l'on se penche, a posteriori, sur cette aventure intime et galactique, certains choix événementiels interpellent aussi la raison. Un grand nombre des scènes d'enquête criminelle se déroulent dans les zones désertiques du Kazakhstan. Le policier Isaak Turgun se voit souvent obligé de fuir en voiture pour échapper aux tueurs de Belinski (Oleg Levin). La visibilité porte à des dizaines de kilomètres, pas un seul monticule ne se dresse, Belinski dispose d'un hélicoptère, et pourtant le fuyard peut rouler des heures durant en demeurant introuvable. Quant à l'interpénétration des coutumes chamaniques fondées sur le mysticisme de Zarathoustra avec le retour secret et mortifère des cosmonautes dans la zone contaminée de Semipalatinsk, elle laisse plus que perplexe. 

 Cette série souffle en permanence le chaud et le froid. Elle sait être fascinante, émouvante, insolite, profondément inventive, mais aussi nébuleuse, déconcertante et d'une complexité qui peut laisser ponctuellement le spectateur sur le carreau.  

   
Bernard Sellier