Meurtres sans ordonance, film de Tobias Lindholm, site Images et Mots

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Meurtres sans ordonnance,
     (The good nurse),      2022, 
 
de : Tobias  Lindholm, 
 
  avec : Eddie Redmayne, Jessica Chastain, Kim Dickens, Noah Emmerich, Nnamdi Asomugha, Judith Delgado,  
 
Musique : Biosphere, Clint Mansell

   
 Hôpital Parkfield. Amy Loughren (Jessica Chastain) est une infirmière qui vit seule avec ses deux filles. Elle souffre d'une atteinte des coronaires qui nécessite une greffe cardiaque. Mais, malgré ses malaises, elle doit travailler encore plusieurs mois pour avoir droit à une assurance médicale. On lui adjoint un jour un nouvel infirmier, Charles Cullen (Eddie Redmayne). L'une des patientes,  Ana Martinez (Judith Delgado), décède de façon incompréhensible. Deux policiers, Tim Braun (Noah Emmerich) et Danny Baldwyn (Nnamdi Asomugha) commencent une enquête difficile...
 
 Le film est une peinture qui se veut fidèle de la fin du parcours du tueur en série Charles Cullen, qui aurait assassiné au moins une quarantaine de patients en seize ans de "carrière". La véritable Amy Loughren a d'ailleurs coaché l'actrice Jessica Chastain, afin de rendre son incarnation la plus conforme possible à la réalité. Le handicap d'une histoire qui se veut proche d'un documentaire réside dans le fait que le suspense est forcément absent, puisque toute la trame, et en particulier le dénouement, sont connus d'avance. Cette création Netflix est à marquer d'une pierre blanche, car elle se démarque de façon magistrale des navets qui pullulent sur la chaîne. Les deux scénaristes sont parvenus à contourner cette absence d'imprévu, grâce à une construction dramatique exemplaire dans sa sobriété, son humanité et son approche empathique des personnages. Cette réussite est redevable en grande partie aux deux acteurs, qui livrent une prestation de première grandeur. Eddie Redmayne, déjà époustouflant dans sa composition de Stephen Hawking ("Une merveilleuse histoire du temps"), se montre ici grandiose, aussi bien dans la folie qui traverse parfois son regard, que dans la compassion extrême qui le conduit à fournir une aide totalement désintéressée à Emmy. Jessica Chastain n'est pas en reste, et nous offre une composition profondément émouvante, dont l'impact est amplifié par le déchirement intérieur qu'elle sait traduire avec une justesse magistrale. La scène de l'aveu dans la prison est tout simplement superbe. Une telle absence de manichéisme est la marque des œuvres majeures. Les personnalités ne sont plus des créations artificielles scénarisées, mais des êtres intensément humains, avec ce que cela sous entend de beautés et de perversions, souvent intimement mêlées. Sur le plan purement historique, il est impossible de ne pas être horrifié par cette multitude de mises à mort que Cullen n'a jamais expliquées. Mais on ne l'est pas moins par le fait que pas un seul des hôpitaux dans lesquels il a sévi n'ont porté plainte contre lui ! Bien plus, ils ont permis que d'autres établissements l'emploient, tout simplement pour ne pas être traduits devant les tribunaux ! Une abomination absolue !
  
Bernard Sellier