Images et Mots
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" Préparez vos mouchoirs ",
               1978,  
 
de : Bertrand  Blier, 
 
  avec : Gérard Depardieu, Patrick Dewaere, Carole Laure,
Michel Serrault, Sylvie Joly, Eleonore Hirt, Michel Beaune, Riton Liebman,

 
Musique : Georges Delerue, Mozart, Schubert
















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   Solange (Carole Laure) est dépressive depuis plusieurs mois. Elle ne sourit plus, ne mange quasiment plus et passe ses journées à tricoter. Son mari, Raoul (Gérard Depardieu), propriétaire d'une auto-école, ne supporte plus cette situation. Un jour, dans une brasserie, il pète les plombs et propose sa femme, qui, suppose-t-il, a un besoin impérieux de changement, à un convive inconnu, Stéphane (Patrick Dewaere). Celui-ci, professeur de gymnastique à Béthune, finit par accepter l'offre, malgré le scabreux de la situation. Mais, contre toute attente, ce changement ne provoque aucun effet salvateur sur la jeune femme... 
 
   Bertrand Blier, qui avait dégoupillé, quatre ans plus tôt, un premier film truculent et dérangeant (pour l'époque !), avec "Les Valseuses", choisit ici un sujet en théorie délicat : le lien affectif et sexuel qui se crée entre une adulte et un adolescent. Peut-être vaguement inspiré, en cela, par l'histoire réelle de Gabrielle Russier, survenue plusieurs années auparavant. La surprise, excellente, ne surgit pas, paradoxalement, de la provocation morale qu'on aurait pu attendre, mais de la profonde délicatesse avec laquelle il glisse dans l'évidence de l'amour entre l'enfant et celle qui a l'âge d'une mère. Certes, dans la première moitié de l'histoire, nous retrouvons le Blier caustique, habile jongleur de paroles mordantes, de saillies décalées, de répliques saignantes (la médecine et ses représentants en prennent pour leur grade !). Délicieusement servis par le couple Depardieu-Dewaere en grande forme, les dialogues, qui malaxent emphatisme, crudité, fausse ingénuité, lyrisme anatomique, philosophie à l'emporte-pièce, sont un véritable régal. Carole Laure, sculturale beauté majestueuse, réussit l'exploit, dans sa passivité, d'être un soleil vers lequel se focalisent tous les regards.  
 
   Puis, le ton évolue imperceptiblement. L'apparition de Christian (Riton Liebman), le surdoué souffre-douleur de la colonie, signe la fin programmée du règne de l'homme-macho. L'intelligence précoce, la spontanéité et la pureté enfantines phagocytent le coeur sensible de la femme. Bertrand Blier met en veille son mordant souvent clinquant, et offre, avec poésie, tendresse, une ode magnifique à la floraison de la tendresse et de la joie intérieure. L'humour devient plus visuel qu'auditif (les "proies" de Solange se retrouvent toutes avec des pulls de la même couleur, tricotés par ses doigts diligents, ce qui n'est pas sans rappeler la rencontre cocasse de Roger Hanin et Eddy Mitchell dans le sympathique "Attention! Une femme peut en cacher une autre" (1984)). Et si le dénouement laisse, avec juste raison, un goût plus qu'amer dans les gosiers du tandem Raoul-Stéphane, il permet à une vie nouvelle d'éclore dans un giron harmonieux, bercé par la sublime "Mélodie Hongroise" de Schubert...
  
 
Bernard Sellier
 

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