Ne pas lire avant d'avoir vu le film... Elsa Tissot (Magalie Lépine Blondeau), étudiante en médecine, est quittée par son fiancé, Sofian (Soufiane Guerrab), parce qu'il ne supporte plus qu'elle converse avec les morts. Deux ans plus tard, toujours solitaire, elle a un accident de scooter et fait, à cette occasion, la connaissance d'un musicien, Oscar Blum (Jonathan Cohen). Le lendemain de cette rencontre, elle apprend qu'Oscar est mort dans l'accident...
Voilà le genre de scénario qui m'attire fortement, puisque c'est le type d'histoire que j'aurais pu écrire. Le problème c'est que le sujet se révèle, comme on dit vulgairement, un peu casse-gueule. La difficulté majeure est en effet de présenter au spectateur, d'une façon crédible, la connexion entre le monde matériel dans lequel nous évoluons tous, et un monde parallèle, éthérique ou astral, dont les vibrations ne sont pas perceptibles à l'immense majorité des personnes. Sous ses allures de blockbuster primaire, Ghost avait réussi de façon magistrale ce mixage particulièrement difficile. Sam Wheat était un mort qui était uniquement perçu par une femme médium, ce qui n'écornait jamais la vraisemblance de l'histoire. Il y a deux grandes manières de concevoir un scénario de ce genre. La première, avec une explosion finale bouleversante qui rebattait toutes les cartes, avait été privilégiée, dans une réussite de premier ordre, par le M. Night Shyamalan de Sixième sens. La seconde, que choisit ici la scénariste et réalisatrice Alice Vial, est de révéler très tôt la vérité sur l'état de Sofian. Pourquoi pas ? La difficulté, avec cette option, c'est que tous les rebondissements suivants ont l'obligation d'assumer cette situation de façon crédible. C'est là que le bât blesse. Le premier écueil se situe dans le coup de foudre entre Elsa et Oscar. Pourquoi tombe-t-elle soudain folle de passion pour cet homme, juste après qu'il lui ait posé un sparadrap sur sa blessure ? Bien sûr, la passion ne s'explique pas. Mais celle-ci apparaît ici bien opportune, pour ne pas dire injectée de manière artificielle. Cette première pilule avalée, une autre, beaucoup plus grosse survient. Il s'agit de l'union sexuelle des deux amants. Autant il est concevable que la jeune femme ait une communication visuelle et auditive avec les défunts, autant il est difficile d'avaler qu'elle ait une union charnelle avec un être qui n'existe plus que dans ses corps subtils. La première pensée qui m'est venue était d'ailleurs qu'Elsa était morte, elle aussi. Mais non ! La suite surfe sur les quiproquos et les situations ubuesques qui ne manquent pas de survenir, Oscar et Elsa étant intimement liés lors de leurs déplacements. Reconnaissons que, même si l'on est persuadé que le monde dans lequel évoluent les défunts est perceptible si l'on parvient à harmoniser ses vibrations sensuelles avec celles de cet univers proche, il est assez difficile de ne pas voir dans ces péripéties comico-dramatiques une artificialité gênante. Et cette situation handicape grandement l'empathie que l'on peut ressentir pour ce couple destiné à ne jamais exister. Sur un autre plan, le spectateur peut être étonné que pas une once d'information ne soit donnée sur ce monde de l'après-vie. Sans sombrer dans un déluge d'explications, il aurait été quand même judicieux que l'univers dans lequel stagne Oscar ne soit pas uniquement une donnée brute sur le papier du scénario. Le film donne vraiment l'impression que l'intéressante idée fondamentale du pitch doit se suffire à elle-même, qu'elle ne nécessite aucun développement sur sa nature profonde, sur le vécu, le ressenti, dans ces octaves vibratoires que nous ne percevons pas. Un sujet captivant. Mais une mise en romance qui ne convainc pas et ne donne naissance qu'à un conte sympathique que l'on oublie assez vite. Magalie Lépine Blondeau est charismatique. Dommage que les personnages secondaires soient aussi insignifiants et transparents.