Crisis, film de Nicholas Jarecki, commentaire, site Images et Mots

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Crisis,
      2021 
 
de : Nicholas  Jarecki, 
 
avec : Gary Oldman, Evangeline Lilly, Armie Hammer, Greg Kinnear, Lily-Rose Depp, Luke Evans, Michelle Rodriguez,
 
Musique : Raphael Reed

 
 
Ne pas lire avant d'avoir vu le film.

 
Un jeune passeur de drogue est arrêté à la frontière du Canada et des États-Unis. C'est un contretemps pour Jake Kelly (Armie Hammer) qui a infiltré un groupe de trafiquants arméniens, et ignore d'où vient la fuite qui a permis à la police d'être sur les traces du passeur. Pendant ce temps, le laboratoire pharmaceutique Northlight est sur le point de mettre sur le marché un nouveau produit, le Klaralon, beaucoup moins addictif que le Fentanyl. Mais le professeur Tyrone Brower (Gary Oldman), chargé de tester le produit sur des souris, se rend compte que le médicament est particulièrement toxique...   
 
  Ce qui interpelle en premier dans ce petit film passé presque inaperçu en France, c'est une qualité de distribution à laquelle on ne s'attend guère. Le début du récit est assez complexe à suivre et demande une certaine attention pour s'y retrouver dans les divers pôles dramaturgiques, d'autant plus que certains personnages ne sont pas ce qu'ils prétendent être. Il y a du côté américain les Arméniens de Minas (Michael Aronov), du côté canadien 'Maman' (Guy Nadon), le fournisseur de Fentanyl, et ses sbires. Entre les deux, un Jake Kelly qui joue sa vie à chaque instant en tentant de coffrer tout ce 'beau' monde en flagrant délit. Parallèlement à ce jeu du chat et de la souris, deux autres centres dramatiques sont installés. D'une part la tragédie vécue par Claire Reimann (Angeline Lilly) qui voit son fils David (Billy Bryk) mourir d'une overdose, et d'autre part la lutte du professeur Tyrone Brower pour faire reconnaître par le laboratoire Northlight et les autorités de santé les résultats inquiétants de son étude. Cette conjugaison de multiples composantes, a priori disparates, est destinée à former in fine un puzzle signifiant et cohérent. Ce type de construction fait penser au «Traffic» de Steven Soderbergh, et, plus encore, aux œuvres d'Alejandro González  Iñárritu. Il est évident que le scénariste et réalisateur Nicholas Jarecki ne possède pas le génie narratif de ces deux prédécesseurs. Si les parcours de Jake et de Claire finissent par se rejoindre, le destin du professeur demeure en revanche en marge, bien que le fondement de sa rébellion soit fondé sur la même thématique, à savoir l'addiction de millions d'Américains aux opiacés. Ce combat de David contre Goliath, d'un modeste universitaire face à la puissance d'une multinationale pharmaceutique est de loin la partie la plus intéressante du film, l'infiltration de Jake au sein des cartels étant très classique et assez peu enthousiasmante. La lutte de Tyrone Browser évoque évidemment celle d'Irène Frachon («La fille de Brest»), pour faire reconnaître les dangers du Mediator, mais aussi, en ce début d'année 2022, le combat engagé par quelques épidémiologistes pour alerter sur les potentiels dangers des vaccins anti Covid. Il est bon de rappeler, en particulier, que le laboratoire Johnson et Johnson et trois gros distributeurs américains de médicaments ont accepté en 2021 de payer 26 milliards de dollars pour solder des milliers de litiges en relation avec la vente d'opiacés. Autant dire que le sujet est particulièrement d'actualité.

   
Bernard Sellier