Bienvenue sur le site d'un manipulateur de mots, passionné d'écriture, de cinéma, de musique, d'ésotérisme...     

De la Comédie-Française,
         2026, 
 
de : Martin  Darondeau, Bertrand  Usclat, 
 
  avec : Pauline Clément, Guillaumle Gallienne, Christian Hecq, Marina Hands, Laurent Stocker,
 
Musique : Clément Ducol


 
Nina Cardi (Pauline Clément) est sur le point de présenter au public sa première mise en scène, avec le Macbeth de Shakespeare. Le soir de la Première, les ennuis commencent dès son arrivée au théâtre. Elle a oublié son badge d'accès, et le rigide gardien Stéphane (Guillaume Gallienne) refuse de la laisser entrer. Et ce n'est là que le début d'une suite de catastrophes qui vont marquer profondément la jeune femme et la troupe toute entière...

 Le premier constat est clair et incontestable. Le film (très court, moins de 75 minutes) est gonflé à bloc, et très drôle. L'avalanche des contretemps, calamités et désastres en tous genres, ne laissent pas une minute de répit aux zygomatiques des spectateurs. C'est d'autant plus étonnant que, dans l'imaginaire collectif, la Comédie-Française arbore des valeurs de sérieux et de rigidité engoncée. Tout cet aspect poussiéreux et compassé éclate ici en mille morceaux souvent délectables. Les acteurs sont en harmonie totale avec cette folie permanente, et incarnent à merveille des rôles taillés sur mesure pour eux. Mais pouvait-on douter de cette perfection, avec ceux qui sont considérés comme la crème des comédiens ? 

 Une fois ce plaisir épidermique digéré avec autant de facilité que de gourmandise, qu'en est-il de l'ensemble et surtout du fond ? La première impression est que, même si la caractérisation des personnages est effectuée avec talent et précision, la construction du récit apparaît très artificielle. On a l'impression que les scénaristes ont rivalisé d'imagination pour entasser en soixante-dix minutes le maximum possible de bouleversements et de séismes, au point de frôler l'overdose, tant la durée du récit est minime. Même le Blake Edwards de La Party n'avait pas osé présenter un rythme de désastres aussi échevelé. Dans un registre assez semblable, les différents revers subis par le malheureux chef d'orchestre Zoltan Szanto dans La tentation de Vénus étaient également fort drôles, mais avaient le mérite d'être insérés avec mesure dans un contexte lui aussi lourd de stress. Il n'est bien sûr pas question de bouder la jouissance que l'on éprouve devant ce spectacle débridé. Mais on aurait quand même pu attendre des créateurs un peu plus de respirations dans le déroulé des évènements, ce qui aurait permis de faire passer à l'arrière-plan l'aspect très métronomique et mécanique qui éclate ici au grand jour. Quant au dénouement, il laisse vraiment perplexe, tant il donne l'impression que les scénaristes ont éprouvé de la difficulté à donner une conclusion vraisemblable à cette épopée dantesque.

 Il est vivement conseillé aux spectateurs de ne pas quitter la salle au début du générique, ce qu'on fait nombre de personnes dans le cinéma où je me trouvais. En effet, survient sur Radio Molière, au milieu de ce générique, une interview de Shakespeare qui ne manque pas de sel...
   
Bernard Sellier