Décembre 1895. La pièce d'Edmond Rostand (Thomas Solivérès), La princesse lointaine, est un échec cuisant. Il lui faut impérativement trouver une nouvelle source d'inspiration alors que les vaudevilles de Georges Feydeau triomphent. Avec l'aide du célèbre acteur Constant Coquelin (Olivier Gourmet), il commence à entrevoir un sujet à la fois épique et comique. Un cafetier noir truculent et poète, Honoré (Jean-Michel Martial), lui fournit la première inspiration de ce qui deviendra la célèbre tirade du nez...
Pour quiconque est un admirateur fervent de cette sublime pièce qu'est Cyrano de Bergerac, plonger dans sa genèse ne peut être qu'un plaisir de tous les instants.Il est impossible de ne pas se laisser emporter par cette épopée créative folle, dont le rythme et l'abattage font plus d'une fois penser aux grandes réussites de Philippe de Broca (Les tribulations d'un Chinois en Chine), ou de Jean-Paul Rappeneau (Les mariés de l'an II, Bon voyage). Bien sûr, si le cerveau échappe pour quelques instants au bouillonnement permanent de cette galerie de personnages hauts en couleur (les deux compères corses, l'inénarrable Maria Legault (Mathilde Seigner), le tendre et balourd Jean Coquelin (Igor Gotesman), la tendre et sensible Jeanne d'Alcie (Lucie Boujenah)...), on constatera que toutes les péripéties créatives vécues par l'auteur ne sont qu'une décalcomanie, parfois artificielle, des scènes qui feront le succès de la pièce. Le médiocre Leonidas (Tom Leeb) se verra souffler par Edmond les vers qui enflammeront Jeanne, une courte discussion avec un Russe dans un bordel fera naître la poignante dernière scène qui voit la mort de Cyrano. Il est évident que l'agitation perpétuelle remplace ici une inspiration profonde. Mais peut-on en tenir rigueur au scénariste-réalisateur, puisque cette effervescence jouissive est en adéquation parfaite avec l'atmosphère d'une grande partie de la pièce ? Le seul véritable regret réside dans la manière dont sont jouées les scènes cultes. En particulier l'aveu final de Cyrano, quelques minutes avant sa mort, qui manque ici cruellement d'intensité dramatique.
Au final une belle réussite qui engendre aussi bien le plaisir immédiat que l'émotion. Quant au fond, en l'occurrence la création théâtrale, il est seulement effleuré.