Images et Mots
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" Les misérables ",
            1995, 
 
de : Claude  Lelouch, 
 
  avec : Jean-Paul Belmondo, Robert Hossein, Annie Girardot,
Michel Boujenah, Rufus, Clémentine Célarié, Jean Marais, Nicole Croisille,

 
Musique : Francis Lai, Michel Legrand
















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   Le début du vingtième siècle. Henri Fortin (Jean-Paul Belmondo), accusé à tort d'avoir tué son patron, le comte de Villeneuve (Daniel Toscan du Plantier), est condamné au bagne. Sa femme, Catherine (Clémentine Célarié) se réfugie avec son fils, Leopold/Henri (Guillaume Souchet), dans la région d'Arromanches, chez un aubergiste grippe-sou (Rufus). A la suite d'une évasion manquée, Henri meurt. Devenu adulte, Henri ( le fils ) (Paul Belmondo) est sacré champion de boxe des poids moyens. En 1940, devenu déménageur (Jean-Paul Belmondo), il aide André Ziman (Michel Boujenah), sa femme Elise (Alessandra Martines) et leur fille, Salomé (Salomé Lelouch), à fuir les persécutions nazies. Pendant le voyage vers le Jura, il se fait raconter l'histoire de Jean Valjean, surnom qui lui a été donné en hommage à sa force herculéenne...  
 
   Quel chemin parcouru depuis le simplissime "Un homme et une femme", à la narration svelte (mais où l'on perçoit déjà, en filigrane, tous les "tics" futurs du réalisateur), et au contenu filiforme : deux personnages et quelques ombres disparues, avec, trente ans plus tard, ce soufflé dans lequel sont convoqués cinq mille figurants et 80% des acteurs notables de l'hexagone ! Lelouch avait déjà frappé très fort avec "Les uns et les autres", puis "La belle histoire", mais ici, le casting est impressionnant ! En revanche, le héros choisi voit son auréole nettement rabaissée, chutant carrément de Jésus-Christ à Jean Valjean ! Mais, après tout, si ce dernier n'est pas le Christ incarné, il est tout de même le symbole littéraire français de la rédemption. Ce n'est déjà pas si mal ! 
 
   Au fur et à mesure que les années passent, la devise de Claude Lelouch s'est précisée. Après quarante ans de filmographie, il est possible de la résumer ainsi sans trop la trahir : " pourquoi raconter sobrement une histoire simple, si l'on peut tranformer celle-ci en un complexe exubérant et la narrer de manière sophistiquée ? ".  
 
   L'adaptation "brute" de l'oeuvre de Victor Hugo a été maintes fois réalisée, parfois de manière convaincante (la version de Jean-Paul le Chanois, 1958, avec Jean Gabin, Bernard Blier et Bourvil) (celle de Raymond Bernard, 1934, avec Harry Baur et Charles Dullin) (celle de Robert Hossein, 1982, avec Lino Ventura, Michel Bouquet et Jean Carmet), parfois de façon moins probante (la vision réductrice de Bille August, 1998, malgré l'excellent Liam Neeson, peu crédible dans cette incarnation). 
 
   Reconnaissons-le, l'idée de base développée par Lelouch est assez séduisante. Le drame vécu par Henri Fortin est suffisamment spécifique pour que le parallèle avec le destin du personnage Hugolien ne soit pas trop étouffant. Le résultat final est-il pour autant enthousiasmant ? Oui et non, pourrait-on répondre en bon Normand. A l'image de son créateur, le film est tour à tour touchant (la plaidoirie de Ziman), déconcertant, brillant, quelquefois agaçant (rarement, par bonheur), juxtaposant avec un enchantement plus ou moins grand des séquences diverses, présentes, passées, filmiques (on a droit à des passages du film de Raymond Bernard), des commentaires sur la psychologie des personnages du roman, des séquences couleur, noir et blanc... Bref tout ce patchwork bariolé qui est la marque lelouchienne par excellence. La démesure est ici maîtrisée, la dispersion temporelle, si elle existe, ne compromet pas trop la colonne vertébrale dramatique du récit, le faux-naturel se fait discret (un petit numéro assez jubilatoire avec Darry Cowl), la naïveté se fait bonté, et un bon nombre de scènes, de personnages, marquent de leur empreinte cette composition (le couple Françoise (Annie Girardot), François (Philippe Léotard), à la fois sauveurs et bourreaux, André Ziman, tout à la fois couard et lucide). Bien sûr, les incessants allers-retours entre les diverses composantes narratives qui parcourent dans tous les sens la période 1830-1945, finissent par casser parfois l'émotion, mettant en exergue l'artificialité de l'analogie des destins, au détriment de la progression tragique. Mais, si l'on observe le bon côté de ces excès, on apprécie le fait que la vision Lelouchienne des aventures humaines ne laisse jamais indifférent. Que l'on soit admirateur ou non du réalisateur, force est de reconnaître que ses évocations très personnelles, hyper travaillées esthétiquement, au montage sophistiqué, manqueraient cruellement au paysage cinématographique s'il n'existait pas. Après tout, imaginons un monde où ne régneraient que Bergman (Ingmar, bien sûr) ou Bresson, ce serait quand même, malgré l'évidence de leur génie, passablement ennuyeux... 
 

 
Bernard Sellier  
 
 
 
  
 


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