Sacha, Série, série de Lea Fazer, commentaire

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Sacha,
       Série,     2021 
 
de :  Lea  Fazer, 
 
avec : Sophie Broustal, Thibaut Evrard, Karine Guignard, Michel Voïta, Isabelle Caillat, Thierry Jorand, Estelle Bridet,
 
Musique : Nicolas Rabaeus


  Anne Duprat (Sophie Broustal), procureure à Genève, est arrêtée pour avoir tiré sur Gilles Sarreti (Michel Voïta), un patron de pizzeria. Elle est interrogée par deux inspecteurs, Thomas Hoffman (Thibaut Evrard) et Jasna Shaqiri (Karine Guignard). Anne avoue qu'elle connaît la victime depuis la fin de son adolescence. Il lui avait fait miroiter une carrière d'actrice... 
 
  C'est une banalité que de dire que le premier épisode d'une série porte une lourde responsabilité dans l'investissement que le spectateur va être prêt à mettre dans l'histoire. En l'occurrence, l'adhésion n'est pas immédiate. Il est certain que Sophie Broustal est profondément impliquée dans son rôle de coupable-victime et que Thibaut Evrard se montre remarquable. Mais notre enthousiasme est nettement refroidi par les personnages qui les entourent. La plupart sont figés dans une certaine outrance, soit physiquement (le procureur obèse avec son chignon, les deux Philippe qui respirent à cent mètres le truand et se révèlent une caricature du pervers narcissique...), soit psychologiquement (Pedro (Antonio Buíl), l'analyste de scène de crime, qui sort les insultes à la moindre question, Jasna qui affiche une tête à claques et n'articule pas, la vieille Brigitte Teissier (Annette Lowcay), adepte des plaisanteries improbables, la vice-procureure Carla Meyer (Isabelle Caillat) en permanence agressive et constipée...), ce qui provoque d'emblée, sinon un rejet, du moins une méfiance envers ce qui s'apparente à une artificialité douteuse ou à un désir maladroit d'installer coûte que coûte une originalité forcée.

 La série s'inspire, paraît-il d'une histoire vraie. Bien. Mais ce qui est également problématique, c'est que, dès le premier épisode, dès les premiers indices, le spectateur moyen voit se dessiner dans sa tête le cheminement prévisible du drame. À ce moment-là, la première réaction est de se dire : pourvu que le scénario réserve quelques surprises et ne se contente pas de nous offrir simplement le développement qui semble promis. Dans les faits, on ne peut pas dire que l'évolution du récit s'écarte beaucoup de ce qui était conjecturable. Mais, par bonheur, les personnalités s'épaississent tandis que l'intensité dramatique enfle de manière progressive, ce qui permet peu à peu d'entrer de manière viscérale dans le double traumatisme vécu par Anne. La construction de l'histoire est particulièrement alambiquée, mêlant de façon parfois pénible les différentes époques et les ramifications d'une enquête à entrées multiples. Une certaine attention est indispensable pour replacer les multiples évènements dans leur position temporelle exacte. Mais le dernier épisode clôt ce drame intimiste avec une humanité et une pudeur bouleversantes.

  Il y a une décennie, Lea Fazer ne nous avait guère emballé avec sa comédie «Ensemble c'est trop». Il est évident que le drame lui réussit nettement mieux, même si le résultat final n'atteint pas la stature d'un «The victim». 
   
Bernard Sellier