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Sailor et Lula,
       (Wild at heart),      1990, 
 
de : David  Lynch, 
 
  avec : Nicolas Cage, Laura Dern, Willem Dafoe, Harry Dean Stanton, Isabella Rossellini, Crispin Glover, Diane Ladd,
 
Musique : Angelo Badalamenti, Richard Strauss

  
 
Sailor (Nicolas Cage) est remis en liberté conventionnelle après deux ans de tôle. Il retrouve sa maîtresse Lula (Laura Dern), mais ces retrouvailles ne sont pas du goût de Marietta Fortune (Diane Ladd), mère de la jeune fille. Elle charge son amant Johnnie Farragut (Harry Dean Stanton) de buter Sailor. Mais le couple a pris la route pour une longue virée. Un autre truand, Marcelo Santos (J.E. Freeman) se met aussi en chasse...
 
 "Bonnie and Clyde", "Thelma et Louise", "Tueurs nés", "Little miss sunshine"... Les road movie à base de couples plus ou moins déjantés ne manquent pas dans le cinéma américain. Mais un road movie sous la patte de David Lynch ne ressemble à aucun autre. Les personnages, tout d'abord. Les deux amoureux sont des personnalités infantiles, hors sol. Lula a par moments la sensation de voir une sorcière chevauchant un balai. Leurs échanges, à la fois primaires et spontanés, semblent jaillir comme des jets volcaniques incontrôlés. La voix qui double Sailor, un tantinet ridicule, est, à ce titre, révélatrice de la puérilité de l'individu. Mais ce n'est rien à côté de certains autres personnages, qui virent souvent dans le déjanté. La mère foldingue, Marietta, l'inénarrable Bobby Peru (Willem Dafoe), le cousin Dell (Crispin Glover), en sont de bons exemples. Symptôme des années 70-80, que l'on retrouve d'ailleurs dans les films de Claude Sautet, tous les intervenants fument comme des pompiers, au point qu'on a l'impression d'assister parfois à une pub pour les cigarettiers. Mais la plus grande originalité réside dans l'approche stylistique du réalisateur. Tout le film est baigné dans un rouge flamboyant. Les références au feu, tant intérieur chez Sailor et Lula, qu'extérieur dans les incendies qui se développent, sont en permanence présents. Lorsque les deux tourtereaux font l'amour, l'écran se colore en rouge, voire en jaune, teinte du soleil, lui aussi générateur de feu. Les hyper gros plans de bouts de cigarette enflammés ne se comptent plus. Quant à la foldingue Marietta, elle se barbouille le visage avec un rouge à lèvres écarlate. Comme si cet ensemble de décalages originels ne suffisait pas, le psychédélique s'invite parfois lui aussi. 

 À côté de ces singularités qui font tout le charme, ou l'agacement pour certains, du cinéma de David Lynch, l'intérêt de l'histoire en elle-même semble bien secondaire. Une fuite à travers les états, une poursuite opérée par une poignée de marginaux qui n'ont pas le gaz à tous les étages, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Pourtant, à travers un dénouement qui mixe sans vergogne la fantaisie onirique et l'émotion primaire, cette bluette, à le fois superficielle et intense, finit par toucher le cœur, notamment grâce à l'incarnation aussi sensuelle que sensible de Laura Dern. Quant aux plans sur lesquels plane la sublime musique du lied de Richard Strauss "Im Abendrot", ils sont simplement magiques.
   
Bernard Sellier