Images et Mots
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" En liberté ! ",
               2018,  
 
de : Pierre  Salvadori, 
 
  avec : MAdèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou,
Vincent Elbaz, Damien Bonnard, Octave Bossuet,

 
Musique : Camille Bazbaz
















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   La lieutenante de police Yvonne Santi (Adèle Haenel) élève seule son fils Theo (Octave Bossuet) car son mari Jean (Vincent Elbaz), considéré par tous comme un héros, a été tué deux ans plus tôt. Mais à la suite d'une interpellation dans un groupe sado-maso, Yvonne apprend que son conjoint était en réalité un ripoux qui a fait condamner un innocent, Antoine Parent (Pio Marmaï), pour un hold-up commis dans une bijouterie. Après huit ans de tôle, Antoine est libéré... 
 
   A la vue de l'affiche du film et des premières scènes, il semble évident que nous aurons affaire à du lourd, et que la finesse ne sera sans doute pas au rendez-vous. En fait, cette quasi certitude est, au fil du récit, grandement remise en question. Car le réalisateur et ses deux co-auteurs mélangent allègrement les genres, sans se soucier d'une quelconque vraisemblance. Les mots d'ordre sont : originalité à tout crin, désinvolture, excès en tous genres, situations improbables et délires jouissifs. Effondrée par la révélation qui lui est faite, Yvonne éprouve l'impérieux besoin de soutenir un Antoine injustement condamné. Mais il se trouve qu'elle a fort à faire, car l'ex taulard n'en finit pas de péter les plombs. Incarné de manière assez irrésistible par un Pio Marmaï qui rappelle physiquement et psychologiquement le regretté Patrick Dewaere, Antoine se montre en effet un électron libre passablement déjanté. Mais il n'est pas le seul à visiter ce registre de la démesure, voire du grand n'importe quoi, comme en témoigne, par exemple, l'interrogatoire surréaliste du vieux tueur dépeceur assumé, renvoyé dans ses pénates par un Louis (Damien Bonnard) lui aussi à la masse. Tout cela n'est pas d'une subtilité intense, mais certaines scènes se révèlent profondément hilarantes, comme par exemple le hold-up final dans la bijouterie. Les "histoires" que raconte Yvonne à son fils, fondées sur les aventures supposées de son père, fluctuent au cours du temps en fonction des révélations du moment, à la manière dont Belmondo malmène son héros fictif dans "Le magnifique". 
 
   Pourtant, au milieu de ces séquences surréalistes, ubuesques, une discrète émotion s'invite périodiquement. Les gros sabots se voient remplacés par des escarpins finement ciselés et le rire cède la place à une tendresse intense pour ces blessés de la vie qui ne parviennent pas à quitter leurs fers psychologiques. Dans un style assez proche, on constate que les personnages qui gravitent dans l'univers décalé de Pierre Salvadori sont aussi attendrissants qu'étaient détestables ceux qui évoluaient dans "Ma loute". 
 
   C'est globalement déroutant, parfois limite dans le grotesque, mais profondément original dans le traitement narratif. Il est même possible de se demander si cette folle histoire n'a pas inspiré Erwan Le Duc pour son récent "Perdrix"... 
 
   Bernard Sellier
 

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