Happy valley, Saison 2, série de Sally Wainwright, commentaire

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Happy valley,
      Saison 2,      2022 
 
de : Sally  Wainwright..., 
 
avec : Sarah Lancashire, James Norton, Charlie Murphy, George Costigan, Joe Armstrong, Rick Warden,
 
Musique : Ben Foster

  
 Saison 1

 
Catherine Cawood (Sarah Lancashire) est sergent dans la police d'une petite cité anglaise. Dix ans après le suicide de sa fille Rebecca, elle élève Ryan (Rhys Connah), l'enfant dont elle venait d'accoucher. Le père, Tommy Lee Royce (James Norton), arrêté par Catherine, est emprisonné depuis de longues années. Une série de meurtres violents sont perpétrés contre des prostituées. John Wadsworth (Kevin Doyle), l'un  des policiers en charge de l'enquête, est harcelé par sa maîtresse, Vicky Fleming (Amelia Bullmore), qui insiste pour qu'il quitte son épouse, Amanda (Julie Hesmondhalgh)...
 
 Nous retrouvons immédiatement la tonalité narrative de la saison 1, alors que les évènements présents se situent dix ans après. Il est d'ailleurs intéressant et insolite de constater qu'il s'agit du même laps de temps qui sépare les deux tournages. Dans cette suite, l'atmosphère est bien loin de s'être éclaircie. Le soleil physique est toujours aussi absent d'un paysage en permanence grisailleux, et il se fait également bien rare dans l'intériorité des personnages. Pourtant, et c'est là un miracle déjà présent dans la première saison et qui se renouvelle de manière plus intense encore ci, l'étincelle d'humanité qui sommeille en chacun de nous parvient à percer les couches épaisses de noirceur qui s'accumulent au fil des traumatismes et des relations conflictuelles. La principale source de cette résilience est bien sûr Catherine, mélange profondément touchant de rudesse et d'empathie. Mais elle se retrouve également dans nombre de personnalités, par exemple sa sœur Clare Cartwright (Siobhan Finneran), le petit ami de celle-ci, Neil Ackroyd (Con O'Neill), tous deux victimes d'un alcoolisme qui se réveille périodiquement, la jeune Ann Gallagher (Charlie Murphy), elle aussi victime  de Tommy Lee Royce. Tout en construisant de manière implacable une trame composée de plusieurs éléments disparates (la manipulation opérée par le prisonnier sur la fragile Frances Drummond (Shirley Henderson), et à travers elle sur le jeune Ryan, la traque d'un tueur en série qui vise les prostituées, le chantage opéré par une maîtresse vicieuse sur ses amants, le harcèlement d'un jeune fermier par les racailles du coin), le scénario parvient à unifier de manière miraculeuse ces éléments grâce à une dramaturgie fondée sur la rigueur, l'authenticité, le naturel et une exceptionnelle proximité empathique des personnages. Le plus paradoxal est que, au bout du compte, cette appellation «vallée heureuse» qui semble d'une ironie macabre étant donné les horreurs qui l'habitent, recèle cependant une certaine vérité, grâce à la capacité inattendue de faire naître des étincelles de lumière humaine au milieu de la fange des sauvageries. Tout aussi paradoxale est la position de cette Catherine, à la fois anti-héroïne et noyau énergétique indispensable de la communauté, qui, par sa personnalité atypique fait plus d'une fois penser à la poignante Mare Sheehan de l'exceptionnelle «Mare of Easttown». Il ne peut y avoir plus beau compliment pour cette série de haute volée.
   
Bernard Sellier