Frances Neagley (Maria Sten), jadis sergent dans l'armée, est désormais la meilleure enquêtrice de l'agence York. Lorsqu'elle apprend que l'un de ses anciens amis, Tommy Crane (Jhaleil Swaby) s'est jeté sous une rame de métro, une enquête lui paraît indispensable. Elle apprend que le mort appartenait à une secte, Echo canyon, qui semble avoir pour mission de cultiver des légumes. Le dirigeant, Lawrence Cole (Damon Herriman), promet à ses adeptes un monde nouveau dans lequel la souffrance n'aura plus cours...
Lorsqu'on passe de séries françaises ou franco-belges (Apparences, ou encore Prise au piège, vues récemment) à une consœur américaine, le contraste est flagrant. On a vraiment l'impression de quitter les créations d'apprentis scénaristes ou cinéastes pour plonger dans le travail d'un professionnel aguerri. Personnages, situations, contexte, intrigue, qualité visuelle, densité des personnages, dialogues (même s'ils ne sont pas du Boudard ou du Jeanson !), relations humaines, rythme, tout concourt à happer le spectateur pour ne plus le lâcher jusqu'au terme du dernier épisode. Certes, si on examine en détail la construction de l'ensemble, on notera forcément des facilités narratives, des raccourcis narratifs artificiels, des boursouflures destinées à renforcer le magnétisme du produit. Mais un fait est indéniable : ça fonctionne et même très bien. Le personnage de Frances, tout d'abord. Elle apparaît au début comme une énième incarnation des super héroïnes qui apparaissent périodiquement dans les séries (Nikita, Anna, Hanna, Au-revoir, à jamais...). Il est vrai qu'elle est une combattante hors pair. Mais cet aspect de son personnage est très loin d'être propulsé au premier plan. Sous ses dehors de guerrière intrépide, elle est une femme brisée intérieurement par un traumatisme vécu enfant, qui se manifeste par son refus absolu d'être touchée (haptophobie). Quant à la galerie de méchants qui occupent l'espace, elle est enchassée dans une secte mortifère qui n'a rien à envier aux grandes références du genre. Le gourou déjanté qui la dirige, Lawrence Cole (Damon Herriman), est une personnalité haute en couleurs (très sombres). Entrepreneur raté, artiste raté, il incarne à merveille le petit chef sadique qui utilise la crédulité de ses troupes pour affermir son statut de guide soi-disant spirituel et exercer en toute impunité ses pulsions sexuelles et barbares. Même si le récit n'avait que cet adversaire à nous proposer, ce serait déjà un objectif recevable, car les évènements qui se déroulent dans cet Echo canyon regorgent déjà de matière brute hautement oppressante. Mais le scénario ne s'en tient pas là. Au-dessus de ce microcosme déviant, se tient un personnage fort différent, Pierce Woodrow (Matthew Del Negro), qui a entrepris depuis plusieurs années l'élaboration d'un produit chimique proche du LSD, qui pourrait faire la fortune du laboratoire qu'il a créé. À côté de ces figures de premier plan, nombre de personnages secondaires contribuent eux aussi à la création d'un envoûtement général qui nous saisit dès le commencement pour ne plus nous lâcher ensuite. Le jeune Keno (Jasper Jones) ; Hudson Riley (Greyston Holst), le flic marginalisé ; l'ambitieuse Judith (Rebecca Liddiard) ; Renée (Adeline Rudolph) ; la fragile Mandy (Jessica Clément)..., toutes et tous sont des figures inoubliables qui contribuent grandement à l'unité narrative de l'histoire et à sa capacité de fasciner le spectateur. C'est dans cette diversification réussie des différentes figures présentes sur l'écran que réside aussi la différence avec nombre de séries françaises qui oublient souvent que le personnage central a besoin de forts soutiens autour de lui pour que le récit soit habité dans toutes ses dimensions. La dernière scène, qui voit réunis Neagley, Hudson, Renée et Keno dans l'agence York rachetée par Frances, annonce à l'évidence le début d'une franchise dont les suites seront, on l'espère, au minimum du niveau de cette première aventure.
En résumé, ce genre de création nous apporte la preuve qu'il est possible de rendre un amoncellement de données, fondamentalement artificielles, non seulement addictives, mais aussi presque digestes, voire naturellement acceptables. Un art dans lequel brillent souvent les Américains et les Nordiques, mais que les scénaristes-réalisateurs français ne maîtrisent que très rarement.