The responder, saison1, série de Tony Schumacher, commentaire

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The responder,
     Série,     2022,  
 
de : Tony  Schumacher, 
 
  avec : Martin Freeman, Romi Hyland-Rylands, MyAnna Buring, Josh Finan, Adelayo Adedayo, Ian Hart, Emily Fairn,
 
Musique : Matthew Herbert

 
 
Le policier Chris Carson (Martin Freeman) a été rétrogradé et suit des séances auprès d'une psychanalyste pour cause de dépression. Il n'a guère de temps à consacrer à sa femme Kate (MyAnna Buring) et à leur fille Tilly (Romi Hyland-Rylands). Côté boulot, ce n'est pas plus brillant. Carl Sweeney (Ian Hart) l'oblige à retrouver une jeune dealeuse, Casey (Emily Fairn), qui lui a volé un stock de drogue...
 
 C'est fou ce que les flics sont dépressifs et mettent à mal leur couple dans les films et les séries. Mais également dans la vraie vie, puisque c'est malheureusement un état de fait avéré. Nous sommes ici dans une plongée au cœur d'une vie policière qui se situe quasiment à l'opposé de celle qui est véhiculée dans le récent «Bac nord». À la place des fusillades nourries, des explosions de violence qui parsèment le film de Cédric Jimenez, nous assistons ici au quotidien déprimant de flics désabusés, qui, à longueur de temps, sont appelés pour de médiocres affaires de voisinage (la vieille au chien et son voisin demeuré), pour des dégradations navrantes (le vieux SDF barbu qui voit son lit partir en fumée), ou pour des rixes banales. Non seulement les missions sont inintéressantes, encore que dangereuses, mais encore les compromissions, les libertés prises avec la législation sont une monnaie courante indispensable. La jeune stagiaire Rachel (Adelayo Adedayo) apprend vite à ses dépens que l'enseignement reçu dans les écoles de police est totalement inadapté aux expériences sur le terrain.

 L'histoire repose logiquement sur une base prosaïque, à savoir un truand de bas étage à la recherche de sa drogue qui lui a été volée par une jeune fille complètement paumée. Nous sommes très loin des tueurs en série qui écument une région pendant des décennies, ou de criminels internationaux qui dirigent une toile d'ariagnée complexe de sous-fifres richissimes. Le récit se place dans les bas-fonds d'un monde en perdition, avec des personnages, noirs, gris ou blancs, qui, de quelque bord qu'ils soient, sont eux-mêmes des naufragés de la vie (Rachel se laisse même enfermer dans un placard par son pervers narcissique de compagnon !). Jusqu'à la psy qui confond ses patients. Le drame se rapproche beaucoup plus d'une étude psycho-sociologique façon Ken Loach que d'une véritable enquête policière. Si l'aspect thriller à suspense est à l'évidence en demi-teinte, par contre l'observation de ce microcosme de laissés pour compte, de petits trafiquants minables, de policiers tentés par la corruption, est d'une richesse humaine et d'une authenticité magistrales. Tout comme c'était le cas pour «Mare of Easttown», dans laquelle brillait une Kate Winslet superlative, une immense partie de la réussite de cette mini-série (5 épisodes) est redevable à un Martin Freeman impressionnant d'expressivité contrôlée. Son visage au regard tantôt vide, tantôt discrètement halluciné, dessine à lui seul le tableau d'une vie totalement en roue libre, écartelée entre son amour pour sa famille, ses choix parfois mauvais, ses amitiés toxiques, et son incapacité à éclairer des situations qui virent progressivement à l'inextricable. Tous les autres acteurs du drame sont remarquables de justesse et d'intensité, de l'allumée Casey à son copain simplet Marco (Josh Finan), en passant par le paumé Carl ou la bouleversante Rachel. La mise en scène, qui sait prendre son temps pour suivre les angoisses intérieures de Chris, ses perplexités, ses désordres mentaux, participe grandement à la création d'une atmosphère à la fois réaliste et profondément humaine.

 Une série dans la lignée des «Broadchurch» ou «Happy valley». Les Britanniques sont décidément très talentueux dans ce registre.
   
Bernard Sellier