Servant, Saison 1, série de Tony Basgallop, commentaire

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Servant,
     Saison 1,     2019, 
 
de : Tony  Basgallop, 
 
  avec : Lauren Ambrose, Toby Kebbell, Nell Tiger Free, Rupert Grint, Boris McGiver, Molly Griggs,
 
Musique : Trevor Gureckis


   
Ne pas lire avant d'avoir vu la série

   
Leanne Grayson (Nell Tiger Free), 18 ans, est embauchée par un jeune couple, Dorothy (Lauren Ambrose) et Sean (Toby Kebbell) Turner, afin de garder leur nourrisson. Dorothy compte en effet reprendre son poste de journaliste sur la chaîne 8NEWS. Mais Leanne se rend compte qu'il s'agit en fait d'une poupée. C'est la technique d'aide préconisée par la thérapeute de Dorothy, Natalie Gorman (Jerrika Hinton), pour que celle-ci parvienne à faire son deuil du bébé mort à 18 semaines. Contre toute attente, Leanne prend sa mission très au sérieux...
 
   Les cinéphiles dans la cinquantaine n'ont sans doute pas oublié l'inquiétante Rebecca de Mornay dans «La main sur le berceau», et, récemment, «Chanson douce» a réactualisé le concept avec une terrifiante Karin Viard. Dans un premier temps, le principe de base est ici bouleversé. Mais une fois la grosse grenade dégoupillée à la fin du premier épisode, un certain apaisement est de mise, même si, de manière régulière, quelques phénomènes aussi étranges qu'inquiétants, se manifestent. Il est d'ailleurs possible de s'interroger sur le statu quo qui s'installe ensuite, laissant le champ libre à toutes sortes de suppositions. Les huit scénaristes ont eu l'intelligence de concevoir des épisodes courts (30 minutes environ), ce qui ne laisse pas à la répétitivité le loisir de s'installer (enfin, c'est limite lors du neuvième), et ils orientent l'histoire dans différentes directions, toujours intrigantes, mais aussi étrangement limitées dans leurs développements et suivis (les épisodes des échardes, la caméra dissimulée, les insectes, la perte de sensibilité, les chiens errants...).

  L'épisode 6 marque un tournant, avec l'intervention inattendue du flippant 'Oncle George' (Boris McGiver). Pourtant, malgré tous les efforts narratifs pour installer un réel sentiment de malaise quasi permanent, le résultat est globalement peu convaincant. L'analyse psychologique du couple en crise est certes subtile et riche, et le tempérament de Léanne, mélange détonant d'éloquence suggestive générée par un minimalisme expressif continu, est une franche réussite. Mais tout le décorum malsain, pathologique, fanatique, qui sert d'écrin au drame intimiste laisse particulièrement perplexe, tout comme nombre de péripéties qui se sont accumulées au fil du récit. Le scénario développe toute une flopée d'à-côtés bizarroïdes (l'obsession pour les découpes de chairs et les dissections animales, les préparations culinaires complexes...), dont on perçoit mal la justification. Le seul commentaire qui surgit in fine est : 'tout ça pour ça' ! Et ce n'est pas la dernière scène, avec son groupement d'illuminés entourant 'oncle George' et 'tante May' (Alison Elliott) qui redonne une quelconque authenticité à cette histoire construite sur un fond à la «Rosemary's baby», parfois à la limite du ridicule. On reconnaît sans peine les thématiques chères à M. Night Shyamalan, à la fois producteur et réalisateur de certains épisodes, mais l'envie de plonger dans une saison 2 n'est pas vraiment au rendez-vous. Nous sommes loin de l'épure de «Sixième sens»...

   
Bernard Sellier