Spiderhead, film de Joseph Kosinski, commentaire

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Spiderhead,
    2022, 
 
de : Joseph  Kosinski, 
 
  avec : Chris Hemsworth, Jurnee Smollett, Mark Paguio, Miles Teller, Tess Haubrich, Ben Knight,
 
Musique : Joseph Trapanese

   
 Ne pas lire avant d'avoir vu le film...

 
Dans un futur proche, un pénitencier d'un nouveau genre a vu le jour sur une île. Les prisonniers y sont libres d'aller et venir. La seule contrainte est qu'ils acceptent de recevoir des injections diverses, destinées à modifier leurs ressentis et leurs comportements. C'est Steve Abnesti (Chris Hemsworth) qui dirige les opérations en compagnie de son adjoint Marc (Mark Paguio). L'un des principaux sujets est Jeff (Miles Teller)... 
 
 La période est idéale pour sortir ce genre d'histoire, alors que la crise du Covid a mis en évidence la facilité avec laquelle il est possible d'influencer le comportement des populations en utilisant le levier de la peur. Le scénario est une adaptation de la célèbre expérience de Milgram qui a défrayé la chronique au début des années 60 et qui a été découverte par le public dans le passionnant film d'Henri Verneuil «I comme Icare». Elle est ici un peu plus élaborée, modernité oblige. Les cobayes reçoivent alternativement des produits aux effets divers, qui vont de l'hilarité devant les pires scènes ou souvenirs, jusqu'à la phobie d'objets anodins (une agrafeuse), en passant par le développement des attirances physiques. Mais la finalité réelle est en fait de découvrir la molécule idéale pour contraindre toute personne à l'obéissance. Cela n'a, hélas, rien d'utopique, puisque, depuis quelques années, il s'agit là d'un but de recherche que les 'élites' cherchent à développer. Quel est le rêve ultime de ceux qui cherchent à étendre leur pouvoir absolu sur l'humanité ? La transformation de celle-ci en un troupeau de moutons dociles. Il suffit d'effectuer quelques recherches sur Internet («La protéine magneto», «la guerre cognitive»...) pour prendre conscience que ces recherches sont bien loin d'être des dystopies lointaines et farfelues de complotistes.

 Le sujet traité est donc tout à la fois crucial, puisque notre avenir d'humain en dépend, et tout à fait d'actualité. Malheureusement, encore une fois, l'enthousiasme n'est guère au rendez-vous pour cette nouvelle création Netflix. Les moyens ont manifestement été plus que réduits puisque c'est dans un décor unique que se déroule le drame, mais ce n'est pas le plus rédhibitoire. Ce qui est le plus regrettable c'est l'absence totale de subtilité dans le traitement du récit, qui se contente d'aligner les expériences avec quelques petits rebondissements facilement prévisibles, y compris un dénouement d'une banalité crasse. Sur le plan visuel, Joseph Kosinski s'était montré nettement plus inspiré dans «Oblivion», mais sur le plan humain on retrouve ici les mêmes déficits de caractérisation des personnages qui sévissaient déjà dans son film de 2013. Même les destins de Jeff et de la jeune Lizzy (Jurnee Smollett), pourtant au cœur du drame, laissent quasiment indifférent. C'est dire la vacuité émotionnelle de cette création au sujet pourtant captivant. 

   
Bernard Sellier