La casa de Papel, Saison 5, série de Alex Rodrigo, commentaire

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La casa de papel,
    Saison 5,      2021 
 
de : Álex  Pina, Alex  Rodrigo..., 
 
avec : Fernando Cayo, Maria Pedraza, Darko Peric, Alvaro Morte, Ursula Corbero, Alba Flores, Pedro Alonso, Miguel Herran, Esther Acebo, Enrique Arce,
 
Musique : Ivan Martinez Lacamara, Manel Santisteban


   
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Raquel Murillo (Itziar Ituño), la compagne du 'Professeur' (Alvaro Morte), a été libérée et a réintégré l'équipe dans la banque à la barbe des centaines de policiers. Mais en même temps, la sadique fliquesse Alicia Sierra (Najwa Nimri), désavouée par ses supérieurs, a réussi à découvrir la cachette du 'Professeur' et à l'arrêter. De son côté, le colonel Tamayo (Fernando Cayo), désormais en charge de la crise, fait appel à l'armée en la personne du commandant Sagasta (José Manuel Seda)...  
 
   La saison 4 avait abandonné le spectateur au moment crucial où Alicia découvrait le repaire du 'Professeur'. La vision du dernier épisode de cette saison était nécessaire, après une année de pause, pour reconnecter de manière correcte les évènements. Il est d'ailleurs à noter que la replongée soudaine dans cet univers après ces douze mois d'oubli, permet de mesurer à quel point cette épopée dégage une énergie rageuse, une passion viscérale, un romantisme sanglant exacerbé, qualités qui, à ma connaissance, sont rares dans le monde des séries. Le premier épisode de cette dernière saison reprend rigoureusement les mêmes codes narratifs que précédemment. C'est-à-dire de longues digressions interrompues par les geysers explosifs d'une situation plus que tendue, puisqu'il faut bien ne pas trop laisser de côté les péripéties dramatiques qui se profilent depuis un bon moment. Mais, par exemple, entendre, en pleine crise, Manille (Belén Cuesta) dérouler dans le détail à Denver son amour pour lui, ou encore Tokyo s'étendre longuement sur son premier casse en compagnie de René, son amour de jeunesse, tandis que Raquel prend son bain tranquillement, ça manque singulièrement de vraisemblance. Il est manifeste que celle-ci n'a d'ailleurs plus beaucoup de valeur.  

  Alors que John Cassar réussissait, tant bien que mal, dans ses «24 heures chrono» à suivre en temps presque réel les évènements, nous sommes ici en permanence dans l'exact opposé. La moindre péripétie, et Dieu sait s'il y en a dans cette dernière saison, qui, dans la réalité, occuperait trois minutes, se voit délayée sur une demi-heure à coups de flashbacks et de papotages psycho-philosophiques interminables. L'inverse est aussi d'actualité, avec, en quelques heures, des milliers de lingots reconstitués dans le déversoir d'orage. Superman lui-même n'aurait pas réussi un tel exploit dans un laps de temps aussi restreint. Certes, c'est très bien écrit, les personnages sont toujours attachants, magnétiques dans leurs extrémismes parfois limites, mais trop c'est trop. Sans  oublier le fait que les subtilités concoctées par 'le professeur' dans les premières saisons, sont de plus en plus occultées par un déferlement d'action bulldozer qui vire souvent à l'overdose. À ce titre, au cours du second épisode et de certains autres, on se croirait propulsé dans un remake de «Rambo 2», avec mitrailleuses, grenades, lance-roquettes et lance flamme. Et il faut reconnaître qu'entendre chaque personnage faire à son tour son numéro de charme grandiloquent ou de confession viscérale, finit par être gonflant. La conduite du récit ressemble en permanence à celle d'un chauffeur de véhicule qui passerait son temps à alterner les passages à 150 kilomètres heures avec des ralentissements brusques à l'allure d'un piéton. Il s'agit d'un style narratif certes original, mais déstabilisant et surtout agaçant par ses brusques changements de rythme.

  Jusqu'à la fin du neuvième épisode, le bilan de cette dernière saison est donc difficile à doser. D'un côté cette histoire nous offre des instants merveilleux, des moments de grâce, en particulier redevables, dans cette ultime saison, au personnage de Berlin (Pedro Alonso), gorgé de rêves d'adolescent immature, dont le charme et le charisme sont ravageurs, émouvants et fascinants. Mais à côté de cela certains choix narratifs sont pesants voire irritants.

 Arrive alors le dixième épisode qui, à tous points de vue, rebat les cartes de manière inattendue, jouissive, pour ne pas dire grandiose. Au-delà de l'invraisemblance qui le caractérise, on ne peut qu'être subjugué par l'audace, l'inventivité, l'intensité dramatique qui l'irradient de bout en bout. Alors, oui cette histoire folle de Robins des bois hispaniques modernes peut provoquer parfois l'irritation, son absence de crédibilité peut désappointer nombre d'esprits cartésiens, ses longueurs et langueurs sont susceptibles de décourager, mais existe-t-il beaucoup d'aventures qui affichent une telle excitation, qui ont la capacité de faire bouillonner un tel magma énergétique et envoûtant, qui possèdent une puissance narrative capable de soulever des tsunamis de frissons et d'émotions ? À notre connaissance, elles sont rarissimes... 

   
Bernard Sellier