Undercover, série de Peter Moffat, commentaire

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 1 à 7* 
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Undercover,
     Série,    2016 
 
de : Peter  Moffat, 
 
  avec : Sophie Okonedo, Adrian Lester, Derek Riddell, Daniel Ezra, Mark Bonnar, Vincent Regan, Alistair Petrie,
 
Musique : Vincent Pope

 Ne pas lire avant d'avoir vu la série...

 Maya Cobbina (Sophie Okonedo), avocate londonienne, mène une vie tranquille avec son mari Nick Johnson (Adrian Lester) et ses trois enfants. Elle revient des États-Unis où elle a accompagné Rudy (Dennis Haysbert) jusqu'à la chambre à gaz. Contre toute attente, le condamné a survécu à l'injection létale. Maya est pressentie pour être la première femme noire à accéder au poste de directrice des poursuites pénales...
 
 Le premier épisode d'une série est souvent déterminant. Il y a celui qui préfigure une œuvre sans intérêt majeur, voire médiocre, et la suite ne permet jamais d'inverser l'impression première («Disparu à jamais», «Amour fou», par exemple). Il y a celui qui annonce d'emblée une création magistrale et cette intuition se voit amplement confirmée («Mare of Easttown», «I know this much is true», «Happy valley», «Messiah», pour ne citer que les plus récents exemples). Et puis il y a la catégorie intermédiaire, celle des narrations à combustion lente, dans laquelle on peut ranger cette série.

 Le début de l'histoire ne se montre pas particulièrement engageant, avec un certain flottement dans le récit et les personnages. Puis très progressivement, au fil des évènements et des flashback, se dessine le tableau de plus en plus poignant d'un couple dont l'amour et l'harmonie sont fondés sur les sables mouvants d'une dissimulation permanente de la part de l'un de ses membres. Emprisonné dans le carcan d'une infiltration qui est savamment entretenue par les autorités, Nick s'enfonce corps et âme dans un dilemme insoluble. Le fond de l'intrigue repose sur la combinaison du racisme ordinaire de la police londonienne et du décès non expliqué d'un activiste noir notoire, Michael Antwi (Sope Dirisu), vingt ans plus tôt. Ardamment opposée à la peine de mort, Maya mène conjointement une enquête sur la mort de Michael et sur l'imminente exécution de Rudy, accusé d'avoir assassiné un maire blanc de Louisiane. À ce titre, l'épisode ultime nous offre une scène bouleversante grâce à Dennis Haysbert, l'inoubliable Président David Palmer de «24 heures».

 L'avocate, incarnée avec sensibilité et rage par Sophie Okenodo, tient évidemment le haut de l'affiche, tant par sa personnalité aussi franche qu'incorruptible, que par sa position centrale dans l'histoire. Mais si son mari paraît au début relativement effacé, son rôle et sa personnalité se développent peu à peu, tout en se complexifiant en raison du déchirement intérieur qui le fait osciller en permanence entre passion pour sa femme et ses enfants et contrainte de livrer à ses supérieurs des informations cruciales. Le scénariste Peter Moffat et les réalisateurs ont choisi, à bon escient, une mise en scène sobre, exempte de tout aspect spectaculaire, qui conserve en permanence les personnages dans leur authenticité et leur cadre existentiel. Une belle réussite dramatique.

   
Bernard Sellier